MEMOIRE DE JUSTES - VOYAGE 2015

Témoignages

São Paulo, le 4 mai 2015

Rencontre

Tout commence à l'aéroport, quelques inconnus vers qui nous allons... Et petit à petit se raconte une histoire comme s'ouvre un livre. Une histoire dont nous faisons tous partie, au final. Rencontre de l'autre donc, rencontre de soi. A travers leur histoire se lit la nôtre et celle de beaucoup d'autres. Cette rencontre est celle d'une nouvelle famille, fraternelle, joyeuse, tolérance, émouvante.

Rencontre avec ceux qui, avec leurs yeux pleins de lumière et de gratitude, nous disent "Merci". "Merci pourquoi?, nous qui n'avons rien fait..." C'est une autre rencontre qui se tisse ici. Le rencontre avec notre responsabilité d'aujourd'hui. Je me souviendrai toujours de ces yeux remplis de larmes et de Mercis. Ces rencontres là sont une prise de conscience à cœur ouvert, la conscience de notre héritage. Nous comprenons alors que nous tenons le flambeau de nos aïeux dans les mains et qu'il est de notre devoir de le faire briller encore et toujours ; et aussi, grâce à lui, d'en allumer des milliers d'autres.

Nous sommes tous, à notre manière, les porteurs de cette mémoire, de cette histoire, nous sommes une famille, nous sommes tous un, nous sommes tous cette mémoire. Nous sommes l'Humanité toute entière.

 

Cécile Duret

Le moment tant attendu était enfin arrivé, après maints échanges de mails, la peur de ne pas être sélectionné par la commission, et le cri de joie au téléphone quand on leur annonce leur départ. Nous avions eu l’occasion de discuter de leur histoire, de celle de leurs grands-parents, héroïques. Nous étions enfin là devant le comptoir d’ELAL avec l’impression de se connaitre déjà. Nous n’imaginions pas que ce voyage allait nous lier à jamais…

Arrivés à l’aéroport Ben Gourion, le temps de déposer les valises à l’hôtel et nous sommes invités au restaurant, dans le quartier de Neve Tsedek, le mélange d’occident et d’orient, de passé et de modernité est déjà visible, c’est leur premier contact avec Tel-Aviv, l’autre ville qui ne dort jamais.

Le réveil se fait de bonne heure, comme tous les autres jours, le programme est chargé.

La délégation part en Galilée, dans le plus ancien moshav d’Israël, à un peu plus d’une heure de route, pour participer à une cueillette de betteraves avec le Leket, une banque alimentaire qui fait un travail inconsidérable en Israel, qui distribue chaque jour des milliers de repas aux familles nécessiteuses. www.leket.com

Sur place, nous partageons ce moment avec un groupe de soldats de Tsahal. La délégation rencontre ces jeunes qui défendent leur pays, qui donnent trois ans de leur vie pour les garçons et deux ans pour les filles à leur patrie, avant leurs études, c’est pour notre délégation leur première vraie rencontre avec la réalité du terrain.

Nous cueillons à nous tous 2 tonnes 400 de betteraves, qui seront distribués à environ 600 familles, nous sommes assez fiers de nous et très étonnés du résultat.

Nous nous réunissons ensuite dans un restaurant pour déjeuner, avec une vue magnifique sur la nature. Chacun prend la parole pour enfin se présenter et raconter son histoire, l’histoire de leurs grands-parents, de « leurs Justes », nous partageons tous quelques chose de très intime. Nous pleurons beaucoup mais nous comprenons à ce moment là que quelque chose de plus fort nous unis. Ce sera le premier moment vraiment intense du voyage.

Nous rentrons à l’hôtel, avec un peu de temps devant nous, certains sont allés à la plage, les plus téméraires se sont baignés, un petit temps pour décompresser de ce moment important que l’on venait de vivre avant d’être reçu à la résidence de l’Ambassadeur par son adjoint M. Gilles Pecassou.

Dans son discours, le premier conseiller a évoqué son combat pour le refus de l’antisémitisme en France. Il a rappelé l’importance de la transmission et le travail de mémoire, et en particulier le rôle des descendants de Justes comme « Ambassadeur » de valeur véhiculée par cette noble distinction. Il a terminé par inviter chacun à aller à la rencontre des israéliens.

L’un de nos participants a eu la chance de pouvoir rencontrer la famille sauvée par sa grand-mère. Un des enfants sauvé, aujourd’hui grand-père, était là et a fait un merveilleux discours rendant hommage à celle qui lui a sauvé la vie. Il a confié que pas une nuit, pas un jour ne se passent sans qu’il pense à Blanche.

 

Le lendemain, départ pour Jérusalem, la ville trois fois Sainte. Le groupe est étonné par cette quiétude qui émane de cette ville, sa lumière et le brassage des cultures. Notre guide, Richard Benhamou nous accueille et nous partons pour une journée entière d’Histoire passionnante.

En fin d’après-midi, veille de Yom Hashoah nous nous rendons aux premières Commémorations à Yad Vashem, en présence du Président et du Premier ministre de l’Etat d’Israël. « The Anguish of Liberation and the Return to Life ». Le titre de cette cérémonie révèle le paradoxe de la libération par l’angoisse qu’elle a pu engendrer et le dur retour à la vie.

Nous avons pu écouter le récit filmé de 6 survivants de l’Holocauste, qui ont chacun allumé une torche, symbole de vie. Ce moment a été d’une grande solennité et d’une grande émotion. Certains ont pleuré les deux heures durant.

Le lendemain, de retour à Yad Vashem, les membres de la délégation se sont recueillis lors de la minute de silence nationale, moment très solennel, ou chacun arrête son activité, et dans cette immense enceinte, dominant Jérusalem, plus aucun bruit.

Nicole Guedj accompagnée de la marraine de la délégation Apolline de Malherbe, a déposé une gerbe dans la « Crypte du Souvenir » afin de rendre hommage à la mémoire des martyrs. Sur le sol, les noms symboliques de 22 lieux de mort institués par les nazis, camps de transit, de concentration et d’extermination. La gerbe de La Fondation France Israël fut déposée sur le camp de Drancy.

Nous avons ensuite parcouru l’Allée des « Justes parmi les Nations » dans les jardins de Yad Vashem aux côtés d’une vingtaine de maires et élus français, faisant partie du Réseau « Villes et Villages des Justes » qui participaient à un voyage à Jérusalem, organisé par le Comité Français pour Yad Vashem. Les petits enfants de « Justes parmi les Nations » ont alors découvert, avec un mélange de plaisir et d’émotion, les noms de leurs grands-parents inscrits sur le Mur des « Justes parmi les Nations ». Chacun d’entre eux a pu alors allumer une bougie et apposer une fleur en souvenir.

Nous nous sommes rendus ensuite à Roglit, au Mémorial de la déportation des Juifs de France. Les élèves du College Rabin de Tel-Mond étaient présent, et ont interprété des chansons et des poèmes.

De retour à Yad Vashem, notre guide Shlomo Balsam, nous attendait pour la visite du musée. Il nous a transmis plus que l’Histoire de la Shoah, il nous a offert un peu de lui, en nous racontant son histoire, celle de sa famille, une visite aussi sensible qu’instruite.

Découvrez le film d'Esti Gerberhttps://www.youtube.com/watch?v=LBIU-gWap-M

Le soir, à l’occasion d’un diner exceptionnel avec des rescapés de la Shoah, les membres de la délégation ont pu entendre des témoignages d’une réalité poignante et échanger directement avec ces personnes extraordinaires.

C’était notre diner de clôture, l’émotion était palpable, certains ont fait un discours pour raconter la manière dont ils avaient vécu ce voyage, cette aventure, nous étions heureux de nous connaître mais nous savions aussi que c’était la fin du voyage.

 

Découvrez les photos du voyage: Photos du voyage

Esti Gerber, "femme caméra" nous a suivi tout le long du voyage, découvrez le film  : https://www.youtube.com/watch?v=8HLc8eF7ijg&feature=em-uploademail

 

Témoignage de Sophie, descendante de Juste:

Un petit mot de retour de 5 jours en Israël, avec la 6eme délégation des descendants des Justes parmi les Nations. Il est marqué par de magnifiques moments et des rencontres inoubliables! Ramassage de Betteraves avec les soldats de l'armée israélienne, rencontre de sauvés, Yad Vashem, Roglit... 

Sur le plan personnel, ce voyage m'a permis de me rendre compte de la reconnaissance du peuple d'Israël envers leurs Justes parmi les nations. 

L'histoire de Rémy Dumoncel n'est pas raconté dans la famille. Il y a trop de pudeur et de douleur, liées a son décès en déportation apres avoir été dénoncé. Je veux être la transition: Raconter l'histoire de mon arrière grand Pere ( une photo en noir et blanc ne parle pas...) aux générations futures, pour qu'ils connaissent l'histoire de leur ailleul, et qu'ils sachent a quel point nous sommes liés au peuple Juif. 

J'ai été très marquée par une phrase d'un Israélien a Roglit (Mur près de Jérusalem avec le nom de tous les juifs de France  déportés) : "regardez!! Mon Pere a été sauvé par un Juste. J'ai 4 enfants, petits enfants!! C'est Grace a vos ancêtres! Sinon, aujourd'hui, nous ne serions que quelques noms de plus sur ce mur..."

Toda Raba a tous :)

 

Témoignage d'Isabelle, descendante de Juste: 

En partant je ne m'attendais pas à vivre quelque chose d'aussi exceptionnel, alors vraiment merci! J'ai encore du mal à réaliser tout ça. 

 

Témoignage de Victoire, descendante de Justes: 

J'ai eu la joie immense d'être sélectionnée pour effectuer ce voyage. En effet, en cette année de 70ème anniversaire de la libération, je souhaitais, par ce voyage, témoigner de l'histoire de mon arrière-grand-mère qui était une femme si humble, dévouée et courageuse.

J'ai rencontré le groupe et découvert des personnes au grand cœur, avec lesquels j'ai passé un merveilleux séjour riche en émotion. Chacun raconta et témoigna de l'histoire de ses grands-parents.

Nous avons pu découvrir comment vivent les Israéliens. Nous avons rencontré des jeunes soldats qui tous les jours de conflits vont se battre pour tenter de défendre leur pays en état de guerre.

 Nous avons visité Jérusalem, la ville trois fois sainte, où j'ai ressenti une âme particulière. Nous avons assistez le mercredi soir à au 70ème anniversaire de la fin de la shoah.

Le jeudi fut la journée la plus riche en émotion. Nous avons été au Roglit, le mémorial de la déportation des juifs de France pour assister à une cérémonie riche en émotion.

On nous avait dit que pendant les commémorations, les gens n'applaudissaient pas. Mais il y avait dans l'assemblée des rescapés et des ex-enfants cachés. Alors quand la présidente de l'association France Israël, Madame Nicole GUEDJ, fit une allocution pour signaler et remercier notre présence et nous fit venir sur l'estrade, quel ne fut pas notre étonnement lorsque toutes les personnes présentes les yeux rougis et pleins de larmes se mirent debout pour tous nous applaudir.

A la fin de la cérémonie, ils sont tous venu nous dire merci. Je me souviens d'une petite dame qui s'est approchée vers moi et qui m'a dit en me fixant, les yeux pleins de larmes: "Une maxime juive dit : Qui sauve un juif, sauve l'humanité. Je voulais seulement vous dire merci et vous demander de continuer à transmettre la mémoire de votre arrière-grand-mère qui, pour moi, a sauvé des juifs, a sauvé des enfants, a sauvé l'humanité." Une autre personne m'a dit en me serrant la main et avec une main sur mon épaule : "Je voulais seulement avoir la fierté de vous toucher et de vous serrer la main. " En tout, une quinzaine de personnes sont venues me voir.

L'après-midi nous sommes allés à Yad Vashem dans la Vallée de Justes. Quelle ne fut pas ma fierté de découvrir avec grande émotion le nom de mon arrière grand-mère gravé sur le mur des justes. La délégation des maires de France était présente et j'ai la joie de rencontrer Monsieur Philippe LA CAMPAGNE avec qui j'ai déposé un œillet devant le mur pendant la cérémonie de commémoration de nos aïeuls.

Ce moment où j'ai découvert le nom sur le mur, fut un moment intense et émouvant mais si merveilleux et bouleversant.

C'est vraiment pendant cette journée que j'ai réalisé la réelle importance et la gratitude que le peuple juif accorde aux justes parmi les nations et que j'ai pris conscience du devoir de mémoires importants que nous avons à faire pour transmettre aux générations futures les histoires de nos grands-parents. 

Je souhaite remercier le groupe que nous étions pour ses moments de complicité, d'osmose et d'émotions que nous avons vécu tous ensemble; Madame Nicole GUEDJ présidente de l'association France Israël pour sa disponibilité et sa joie de vivre pendant le séjour. Mesdames Sabrina ALLOUCHE, Julianne BELLITY et Michelle ISRAEL pour l'organisation de ce voyage et m'avoir permis de marcher sur les traces de mon arrière-grand-mère. Merci à Monsieur le maire Philippe LA CAMPAGNE pour m'avoir permis de témoigner de l'histoire de mon arrière-grand-mère, de mon histoire. Merci aussi à tous ceux que j'ai omis de citer mais qui se reconnaitront. Merci pour tout.

 

Retrouvez toutes les histoires de Justes sur : http://memoires-de-justes-parmi-les-nations-2015/ 

 

Nous remercions le Ministère des Affaires Etrangères, la Fondation pour la Mémoire de la Shoah et Yad Vashem pour leur soutient et leur aide précieuse.