CARNET DE VOYAGE "AGROISRAEL", DÉLÉGATION D'AGROPARISTECH, FEVRIER 2015

AgroIsraël : un voyage de découverte professionnelle pour des ingénieurs agronomes

Israël est un pays au cœur des problématiques concernant la gestion de l’eau. En tant que futurs ingénieurs agronomes, nous étions curieux de découvrir les défis soulevés par la pénurie d’eau en Israël tout en nous imprégnant de la situation géopolitique du pays. Dans ce cadre, nous avons réalisé un voyage d’une semaine centré sur les utilisations et nouvelles technologies de l’eau en Israël, dans une optique professionnelle, pour 17 étudiants du cursus ingénieur en deuxième année à AgroParisTech. Notre objectif était de rencontrer une grande diversité d’acteurs dans le domaine de l’eau, tant au niveau de leur fonction que de leur culture (israélienne et palestinienne), afin d’appréhender les différentes problématiques dans leur globalité.

Ce voyage a été très enrichissant, bien au-delà de nos attentes : nous avons rencontré des directeurs d’entreprises, de start-ups, des diplomates et des membres du gouvernement, des associations, des professeurs, des PhD dans des domaines extrêmement variés. Nous avons pu aborder le sujet des technologies de dessalement à Hadera, 2e​usine de dessalement en Israël et dans le monde, ainsi qu’au Zuckerberg Institute for Water Research, de l’Université Ben Gurion. Nous en avons découvert plus sur la micro-irrigation grâce à nos visites au siège de Netafim, inventeur et leader mondial de la micro-irrigation, ainsi qu’à l’Université Hébraïque de Jérusalem, sur le campus de Rehovot. Nos visites dans les universités ont également été l’occasion de prendre connaissance de la mise au point de nouveaux systèmes de récupération et de traitement des eaux usées.

Le KKL, fonds national juif propriétaire de milliers d’hectares en Israël, nous a détaillé ses nombreux projets nationaux et internationaux pour la préservation de l’environnement et le développement de la foresterie et de l’agriculture, toujours en relation avec la gestion de l’eau. Nous avons ouvert nos horizons en découvrant comment les ressources de la Mer Morte sont exploitées par Ahava, compagnie cosmétique d’envergure internationale dont les produits sont réputés pour leurs propriétés thérapeutiques. Enfin, pour mieux comprendre la gestion des ressources en eau à l’échelle régionale, nous avons rencontré des membres du Ministère des Affaires Etrangères, et d’organisations non gouvernementales, comme EcoPeace et le Peres Center for Peace, qui ont pour vocation de monter des projets régionaux, afin notamment de mieux gérer les ressources communes en eau.

 

Un pays qui pallie son déficit en eau par des technologies innovantes

Israël est un pays 25 fois plus petit que la France, et pauvre en ressources naturelles hydriques. Il ne possède qu’un seul lac (le lac de Tibériade, dans le Nord), un fleuve (le Jourdain, dont l’exploitation est partagée entre les pays de la région), et la moitié du pays est une zone désertique ; de surcroît, les précipitations sont rares. Les Israéliens ont su inventer des systèmes pour pallier ce déficit hydrique : depuis le début des années 2000, les techniques de dessalement fournissent 80% de l’eau potable dans le pays.

En effet, le principe de l’osmose inverse est notamment développé et appliqué par H2ID dans l’usine de dessalement de Hadera, que nous avons pu visiter. En outre, 80% des eaux des précipitations et des eaux usées sont filtrées ou traitées avant d’être recyclées, ce qui permet de satisfaire 50% des besoins en eau d’irrigation pour l’agriculture.

 

Usine de dessalement H2ID à Hadera

Nous avons également eu la chance de participer à des conférences très formatrices : “​International Cooperation and Water Management in Israel​”, animée par de nombreux intervenants extrêmement instructifs, et “​Optimisation de l’utilisation des ressources en eaux en Israël​”, animée par M. Ezra Banoun ingénieur spécialiste dans la gestion des Eaux.

Les nombreuses innovations en Israël dans le domaine de la gestion de l’eau nous ont tous impressionnés, en tant qu’ingénieurs ayant grandi dans un pays où l’eau n’est pas toujours perçue comme une ressource rare. Comme l’ont fait remarqué à plusieures reprises les différents intervenants, en Israël, « chaque goutte d’eau est précieuse», et l’ingéniosité mise en œuvre pour préserver au maximum cette ressource est impressionnante. En moins de soixante-dix ans d’existence, ce pays est devenu indépendant pour satisfaire ses besoins en eau. Ses innovations ont été exportées et adaptées dans le monde, où elles ont une grande influence : de nombreux autres pays déficients en eau ​peuvent bénéficier de ces techniques innovantes, qui sont même parfois moins chères que les techniques traditionnellement utilisées, comme l’aspersion. Actuellement en France, où l’on ne connaît pas une telle situation de pénurie, le recyclage de l’eau est beaucoup moins développé et les usines de dessalement sont de très petite envergure. Israël, en revanche, a été contraint d’inventer de nouvelles techniques pour s’approvisionner en eau. Aujourd’hui, des organismes franco-israéliens prennent des initiatives de coopération, entre autres dans le domaine de la recherche : le Haut Conseil de Sciences et Technologies franco-israélien travaille tous les ans sur deux thèmes de recherche, en particulier agricoles, dont les innovations pourront être appliquées en France comme en Israël.

Un pays innovant et entreprenant, inscrit dans une situation géopolitique complexe

On ne peut concevoir l’importance de l’esprit entrepreneurial israélien avant d’y être directement confronté. Cet esprit entrepreneurial semble attaché à la fois à l’histoire du pays et aux contraintes géopolitiques et économiques : Israël étant un petit pays de 8 millions d’habitants, l’export à l’international est un passage obligé pour toutes les entreprises souhaitant se développer. De plus, le taux de diplômés de ce pays est le deuxième au monde ; la compétition est donc rude à la fois dans le pays et dans le reste du monde pour chaque Israélien, ce qui est sans doute l’un des moteurs de leur esprit innovant, entrepreneurial, et toujours très pragmatique. Les innovations répondent souvent à un déficit en ressource. Surnommé « start-up nation », Israël est un pays possédant plusieurs fonds d’investissements, où les start-ups reçoivent en majorité des financements privés. Tous ces éléments concourent à faire d’Israël un pays bien intégré dans le marché global.

Conférence “International Cooperation and Water Management in Israel” à l’Industry House

Le voyage avait pour fil conducteur les nouvelles technologies dans l’utilisation de l’eau, mais cela ne nous a pas empêchés de nous imprégner de la situation géopolitique de ce pays : à chaque rencontre, l’état de guerre avec les pays voisins était au moins évoqué. La diversité des intervenants nous a permis de dépasser la dichotomie pro-israélienne ou pro-palestinienne en abordant le thème sous une vision globale, et plus personnelle que celle transmise par les médias, du conflit Israélo-Palestiniens notamment grâce à l’intervention de membres d’associations telle que Peres Center for Peace et EcoPeace, organisations non gouvernementales prenant des initiatives, entre autres, pour la sauvegarde des ressources naturelles à l’échelle de la région.

 

Un pays culturellement riche et passionnant, qui donne envie d’y revenir !

En parallèle de nos visites professionnelles, nous avons pu découvrir le patrimoine naturel et culturel israélien : au programme, baignade dans la Mer Morte, lever du soleil du haut de la forteresse de Masada sur la Mer Morte et la Jordanie, nuit dans une tente bédouine, visite du Mur des Lamentations, et découverte de Tel-Aviv, ville jeune et dynamique de jour comme de nuit !


Agamon Hahula, réserve naturelle gérée par le KKL

Toute la semaine, nous avons été accueillis par des Israéliens chaleureux, à l’esprit ouvert, et très francs, toujours prêts à partager leur avis sur tous les sujets. Tous les étudiants souhaiteraient revenir en Israël. Et un tiers d’entre eux est activement à la recherche d’un stage de césure et/ou de deuxième année là-bas, notamment à l’Université Hébraïque de Jérusalem et l’Université de Ben-Gurion avec lesquelles des accords ont été signés avec AgroParisTech pour faciliter la mise en place des stages et la coopération scientifique.

Nous souhaitons transmettre l’enthousiasme généré par notre voyage en créant une nouvelle association « AgroIsraël », afin que de nouvelles promotions d’AgroParisTech, puissent à leur tour s’imprégner de l’esprit innovant et entrepreneurial israélien en réalisant le voyage auquel nous avons eu la chance de participer. Cela pourrait favoriser l’organisation d’un voyage pour des enseignants-chercheurs d’AgroParisTech, mais également des échanges universitaires d’étudiants en doctorat, dans le cadre du programme d’échanges international Marie Curie.

 

Remerciements

Nous sommes très heureux d’avoir vécu cette aventure professionnalisante et passionnante en Israël, et nous souhaitons remercier tous ceux qui nous ont aidé à faire de ce projet une réalité : AgroParisTech, son directeur général M. Gilles Trystram, la Fondation France-Israël, sa présidente Mme Nicole Guedj, le Ministère des Affaires Etrangères israélien et l’Ambassade de France en Israël pour leur soutien ; et tout particulièrement Mme Aély Haccoun, directrice du bureau israélien de la Fondation France-Israël, M. Jacques Nefussi et Mme Flavie Cernesson, enseignants à AgroParisTech.

Nous remercions également tous les intervenants qui nous ont accueillis, et tous ceux qui nous ont aidés à réaliser notre voyage :
Dr David Harari, co-président du Haut Conseil Franco-Israélien pour la Recherche et le Développement au Ministère des Sciences ;

Pr Benny Chefetz, professeur au département des sols et chimie environnementale et vice-directeur de la recherche à l’Université Hébraïque de Jérusalem
ainsi que ses étudiants en PhD David Yalin, Maya Engel, Naaran Brindt et Maoz Mor, et Mme Anat Gazit Botoon ;

M. Mordechay Rodgold, directeur du département Information et Médias visuels du Ministère des Affaires Etrangères ;
M. Shavit Dahan, responsable marketing chez Netafim ;
Pr. Jack Gilron, directeur du département du dessalement et du traitement de l’eau au Zuckerberg Institute for Water Research (ZIWR) de l’Université Ben Gurion

Dr. Avraham Be’er, docteur du département du dessalement et du traitement de l’eau au ZIWR
Pr. Alexander Yakirevitch, professeur du département de l’hydrologie et de la microbiologie environnementales au ZIWR ;

Pr. Amit Gross, professeur du département de l’hydrologie et de la microbiologie environnementales au ZIWR ;
ainsi que leurs étudiants du ZIWR, et Mme Sara Guzzetti ;
Mr. Dror Cohen, chercheur du laboratoire d’expérimentation d’Ahava ;

Pr. Ze’Evi Ma’or, ingénieur en R&D à Ahava ;
M. Alexis Brodach, directeur de production à Ahava ;
Dr. Meital Portugal, manager des projets de R&D à Ahava
M. Dan Catarivas, directeur des échanges internationaux à la Manufacturers Association of Israel ;
M. Pierre Mourlevat, conseiller économique à l’ambassade de France en Israël ;
Pr. Daniel Rouach, président de la Chambre du Commerce et de l’Industrie Israël-France ; Edouard Cukierman, managing partner de fonds d’investissements et VP de la Fondation France-Israël ;

M. Adi Shauly, directeur du secteur de l’eau à la Manufacturer’s Industry Association of Israel ;
M. Eyal Zachor, manager du secteur agricole en Israël à l’Institut de l’Export et de la Coopération Internationale ;

M. Alon Shpigner, ingénieur de la gestion de l’eau à Mekorot ;
M. David Muhlgay, directeur général de l’usine de dessalement de H2ID à Hadera ; Mme. Lara Portnoy, membre de l’ONG Peres Center for Peace ;
M. Haim Messing, directeur de projets au KKL, ainsi que l’équipe du KKL ;
M. Malek Abu Alfailat, membre du bureau palestinien de l’ONG EcoPeace ;
M. Ezra Banoun, ingénieur expert dans les questions du traitement de l’eau,
M. Christophe Sodore, directeur des relations internationales à AgroParisTech.

Nous les remercions tous très chaleureusement pour leur soutien. Le voyage en Israël restera pour nous une expérience inoubliable !

Découvrez toutes les photos du voyage : https://www.dropbox.com

 

Si vous souhaitez en savoir plus sur ce voyage et les stages possibles en Israël, le rapport complet est disponible. Pour y accéder, n’hésitez pas à nous contacter par mail : ​Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.​.