IL Y A 20 ANS JACQUES CHIRAC RECONNAISSAIT LA RESPONSABILITE DE LA FRANCE DURANT LA SECONDE GUERRE MONDIALE

20/07/2015

Les 16 et 17 juillet 1942, avaient lieu la plus grande rafle de Juifs de France au Vélodrome d'Hiver. 53 après, Jacques Chirac reonnaissait officiellement la responsabilité de la France dans la déportation de ces 13.152 hommes, femmes et enfants. C'était il y a 20 ans et ce dimanche 19 juillet, Nicole Guedj, Président de la Fondation France Israel s'est rendue à ces commémorations, accompagnée de Severine Darcque, descendante de Juste, qui a participé au voyage des descendants de Justes avec la Fondation l'année dernière.

Découvrez les photos de la commémoration, le témoignage de Séverine Darcque et l'interview de Nicole Guedj pour Tribune Juive: 

Rafle du Vel d’Hiv : 73 ans après la tragédie.

73 ans après la rafle du Vél’ d’ Hiv des 16 et 17 juillet 1942, la plus grande rafle de Juifs en France durant la Seconde Guerre mondiale, où 13.152 hommes, femmes et enfants furent emmenés vers les camps de la mort, la France se souvient, honore ses victimes et se recueille.

Cette année, la commémoration de la rafle du Vel’ d’Hiv, aura lieu ce dimanche 19 juillet.

Nicole Guedj, ancien ministre sous le gouvernement de Jacques Chirac et présidente de la Fondation France Israël créée en 2005 par Ariel Sharon et Jacques Chirac, a voulu rendre un hommage à Jacques Chirac » un grand homme d’Etat ». C’est Jacques Chirac, pourtant gaulliste convaincu, qui a voulu mettre fin au deni de la France et a prononcé un discours le 16 juillet 1995, 53 ans après la rafle du Vel d’Hiv où il recon- naissait la responsabilité de la France dans l’ exclusion, l’arrestation, l’internement et la déportation des juifs de France.

Faut-il le rappeler ? La responsabilité française dans la Solution Finale en France fut grande : environ un quart des Juifs de France, soit environ 80 000 personnes — dont plus de 10 000 enfants — furent livrés à la mort. Le gouvernement de Vichy, qui était alors dirigé par Pierre Laval a consenti à aider les Allemands en les aidant à rafler les Juifs étrangers, et leurs enfants, nés en France et donc Français.

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Sept mille policiers français ont été mobilisés pour participer à l’opération. « Ce jour- là, reconnaîtra le président Jacques Chirac, en 1995 au nom de l’État, la France accom- plissait l’irréparable. »
Mais il est vrai aussi que nombre de Juifs de France reçurent ici et là l’aide de la po- pulation ; environ 2 000 Justes français ont été reconnus à ce jour. Soixante-cinq de ces Justes oeuvrèrent dans la région du Chambon-sur-Lignon — quarante dans la seule commune du Chambon, haut lieu huguenot. C’est collectivement que les «habitants du Chambon-sur-Lignon et des communes voisines » — fait unique en France et presque unique en Europe — ont reçu la désignation de Justes parmi les nations Jacques Chirac leur a rendu un vibrant hommage en 2004 au Chambon sur Lignon dans un discours magistral où il appelait au sursaut républicain face à un regain de l’antisemitisme»

Nicole Guedj rappelle aussi qu’en 2007, Jacques Chirac faisait entrer ses héros , les Justes parmi les Nations au Panthéon en présence de Simone Veil, et qu’il a eu ses mots » ils pensaient avoir traversé l’histoire, en fait ils l’ont écrite »

Les Présidents qui ont succédé, aussi bien Nicolas Sarkozy que François Hollande , ont emboîté le pas à leur prédécesseur

François Hollande a reconnu à son tour que l’arrestation de milliers de juifs lors de la rafle du Vél d’Hiv, en juillet 1942, était un «crime commis en France, par la France», et a salué le «courage» de Jacques Chirac, premier président à l’avoir affirmé.

Nicole Guedj poursuit avec énergie et talent la voie ouverte par Jacques Chirac au sein de la Fondation France Israël par l’action « Petits-enfants des Justes : ambassa- deurs de la Mémoire ».

La hantise, pour les derniers rescapés de la Shoah, est de voir s’éteindre, après eux, la mémoire vivante de cette tragédie, sans doute la plus effroyable de l’Histoire.

Sylvie Bensaid pour Tribune Juive 

Lire l'article : http://www.tribunejuive.info/histoire/rafle-du-vel-dhiv-73-ans-apres-la-tragedie

 

Témoignage de Séverine Darcque, descendante de Justes, délégation 2014: 

Monsieur Jean-Marc Todeschini, secrétaire d’État auprès du ministre de la défense, chargé des anciens combattants et de la mémoire.

Madame Anne Hidalgo, Maire de Paris ;

Monsieur Roger Cukierman, Président du Conseil Représentatif des Institutions juives de France

Monsieur Pierre-François Veil, Président du Comité français pour Yad Vashem

Mesdames et messieurs les représentants des Autorités civiles, militaires et religieuses

Mesdames et messieurs les élus 

Mesdames et messieurs les représentants des associations

Mesdames et messieurs les Porte-Drapeaux

Mesdames et messieurs, 

Je m'appelle Séverine Darcque, j'ai 33 ans, je réside dans le département de l'Essonne où je suis professeur des écoles.

Je m'adresse à vous aujourd'hui, en tant que descendante de Juste parmi les Nations et petite-fille de rescapée.

La Juste parmi les Nations dont je suis très fière et à qui je dois aussi la vie s’appelait Pierrette Pauchard née Guyard.

Cette femme compte à plusieurs titres dans ma vie. Depuis mon plus jeune âge, j’entends parler de son grand cœur, de sa générosité et de son courage. C’est en grandissant que j’ai vraiment compris son courage : celui d’avoir sauvé cinq enfants juifs de la barbarie nazie.

Née en 1876, Pierrette Pauchard devient femme de cultivateur dans un hameau du Morvan au cœur de la Bourgogne où elle élève, avec son mari, leurs trois enfants.

En 1933, elle est veuve ; pourtant deux ans plus tard, l’assistance publique lui confie Colette Morgenbesser alors âgée de 18 mois. Sur son livret, il est écrit qu’elle a été reconnue mais abandonnée par sa mère biologique, une fille-mère juive polonaise. Dès lors mon histoire est liée à celle de Pierrette Pauchard, puisque je suis la petite fille de Colette Morgenbesser.

Pendant l’été, la famille Pauchard accueille également des enfants en vacances. Hasard ou coïncidence, ces petits parisiens sont souvent des enfants juifs ; mais peu importe, en vacances ou de l’assistance publique, ces enfants sont très vite acceptés par toute la famille.

Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, Pierrette Pauchard se range très vite du côté de la Résistance à sa manière : la nuit, elle conduit les jeunes aux maquis, le jour, elle les cache dans sa grange, les nourrit, et ce malgré la présence de soldats allemands dans le hameau d'Athez, en zone occupée à quelques kilomètres au nord de la ligne de démarcation.

Au début de l’été 1942, quelques jours avant la Rafle du Vel d'Hiv, les quatre enfants Frydman arrivent à Athez, seuls et terrorisés, leurs parents doivent les rejoindre dans quelques semaines. Pierrette les accueille à bras ouverts, les filles aînées étaient déjà venues plus jeunes en vacances.

Dès lors, Bernard, Hélène, Ida et Suzanne font partie de la famille. Les filles aident Pierrette dans les tâches ménagères et Bernard, le plus jeune, né en 1933, fait sa rentrée à l’école d’Athez sous le pseudonyme de « Bernard Petit ». Du même âge que Colette, tous les deux sont restés très liés et nos deux familles correspondent encore aujourd'hui.

Pierrette doit aussi faire face à des dénonciations, voire même des procès mais ne change pas d’avis pour autant et décide de garder les enfants auprès d’elle. Certains la soutiennent, l’aident … C’est le cas du docteur Roy, médecin et maire de l’époque. Au courant de la situation, et pour protéger la famille, il n’hésite pas à brûler certains documents compromettants. Le livret de l’assistance publique de Colette qui portait la mention « juive » en gros caractères est détruit.

Une cinquantaine d'années plus tard, cette destruction providentielle empêchera le renouvellement des papiers d’identité de Colette pendant plus de 10 ans.

Mais Pierrette redouble de vigilance pour protéger ses « gamins » ; après l'annonce de la dénonciation, de la déportation et finalement de la disparition des parents Frydman, personne ne leur fera du mal.

A la Libération, les cinq enfants sont en vie et peuvent enfin profiter de leur liberté. Quelques mois après la fin de la guerre, les quatre enfants Frydman partiront rejoindre un oncle aux États-Unis, puis y faire leur vie et bâtir, chacun, une famille. Colette n’a jamais quitté la famille Guyard-Pauchard, elle achètera même une maison dans le hameau d'Athez pour y passer les vacances.

Pierrette est décédée en 1951. Mais les enfants n’ont jamais oublié le Morvan et la « maman Pierrette ».

Dans les années 2000, ma grand-mère décide de remercier sa « maman » à sa manière en demandant qu’elle soit nommée Juste parmi les Nations. Dès lors, une grande aventure familiale commence pour réunir les documents et constituer le dossier.

J’ai participé à ces préparatifs avec passion. C’était un devoir, mais aussi une manière de lui dire « MERCI ! ».

Finalement, le 28 octobre 2012, à Anost, village du Morvan et berceau de la famille, la médaille des Justes parmi les Nations a été décernée à titre posthume à Pierrette Pauchard, née Guyard.

En juillet 2013, la famille a remis la médaille et le diplôme au Musée régional de la Résistance de St Brisson. Le courage, le dévouement et l’acte de résistance de Pierrette Pauchard n’est plus seulement une reconnaissance et une fierté familiale ou locale mais appartient désormais à l’Histoire de la Bourgogne.

Pierrette Pauchard a fait preuve de solidarité, de courage mais aussi d’amour en ouvrant les portes de sa maison et de son cœur à ces 5 enfants malgré la barbarie nazie qui menaçait leur existence ! Comme le dit le Talmud, « Qui sauve une vie, sauve l'Humanité »

Pierrette a risqué sa vie pour celles et ceux qu’elle considérait comme les siens, malgré le danger. Elle leur a permis de survivre, de grandir, de vivre leur vie, de s'épanouir et de fonder 5 familles. Et pour nous tous, elle reste une fierté, un modèle de bonté, de dévouement et de générosité.

En avril 2014, j'ai eu la chance de participer au « Voyage des descendants de Justes parmi les Nations » organisé par la Fondation France Israël présidée par Mme Nicole Guedj en partenariat avec le Comité Français pour Yad Vashem. Je les en remercie.

Au cours de ce voyage, j'ai pu assister aux cérémonies de commémoration de la Shoah à Jérusalem, voir le nom de Pierrette inscrit dans le jardin des Justes parmi les Nations, croiser des rescapés, qui nous disent « Merci » au nom de nos arrières-grands-parents ; mais aussi, avant le départ, avoir l'honneur d'être reçue et écoutée par le Président de la République, Monsieur François Hollande.

Tous ces moments inoubliables, merveilleux, riches en émotions ont d'une certaine façon changés ma vie et ma vision du monde. J'ai réellement pris toute la mesure de l'hommage rendu à Pierrette et aux Justes parmi les Nations. Et j'étais si fière de participer à cet hommage et de représenter ma famille en Israël. J'ai aussi pu me faire ma propre image de ce pays, bien différente de celle que diffusent parfois les médias.

Désormais, mon souhait le plus cher, en tant que descendante de Juste parmi les Nations et de petite fille de rescapée, est de porter notre histoire familiale et d’être un ambassadeur de la mémoire, des valeurs qui ont permis aux Justes parmi les Nations de dire « Non » à la barbarie nazie. Il ne faut pas oublier ce que Pierrette Pauchard, comme de nombreux hommes et femmes de son époque, ont fait pour d’autres êtres humains innocents simplement coupables d’une origine ou d’une confession religieuse différente. Ces principes me servent de guide dans ma vie et mon travail au quotidien en tant que professeur des écoles.

 Nous ne pouvons pas, nous ne devons pas oublier le passé ; nous devons au contraire l’utiliser pour avancer et éviter au monde de revivre des drames tel que celui de la Shoah !

Mesdames et messieurs, je vous remercie pour votre attention.

Madame Anne Hidalgo, Maire de Paris, Madame Colette Gréteil, Juste parmi les Nations, Séverine Darcque et Nicole Guedj, Président de la Fondation France Israël 

 2eme à g, Joel Mergui, Président du consistoire central israélite de France, Mme Anne Hidalgo, Madame Colette Gréteil, Severine Darcque, Nicole Guedj 

 

Allocution de Monsieur Pierre-François Veil, Président du Comité Yad Vashem

Nicole Guedj, Paul Schaffer, Président d'Honneur du Comité Yad Vashem, Séverine Darcque