Cérémonie au Mémorial de la Shoah

12/10/2015

Ce dimanche 11 octobre, au Mémorial de la Shoah, avait lieu la cérémonie de dévoilement des noms des Justes nommés entre 2011 et 2014.

Nicole Guedj, ancien ministre, Président de la Fondation France-Israel s'est rendue hier à cette cérémonie présidée par Eric de Rothschild, président du Mémorial de la Shoah, et Pierre- François Veil, président du Comité français pour Yad Vashem. Cette inauguration s'est tenue en présence, également de S.E Aliza Bin-Noun, Ambassadeur d'Israël en France.

Le Mur des Justes avait été inauguré en 2006. Des plaques vierges ont été prévues afin d'accueillir chaque année les noms des personnes nouvellement honorées et de celles à venir.

Plusieurs descendants de Justes qui avaient fait le voyage en Israël avec la Fondation France-Israël, ont pu voir cette année le nom de leurs grands-parents inscrits sur le Mur des Justes.

 

 

 

Sévérine Darcque, descendante de Juste et Nicole Guedj, Président de la FFI, Colette Gréteil, fille nourricière et sauvée avec les quatre enfants Frydman par Pierrette Pauchard Guyard, reconnue Juste parmi les Nations en 2011.

 Pierrette Guyard-Pauchard, reconnue Juste parmi les Nations en 2011.

Serge et Béate Klarsfeld, Madame Isabelle Debré, Vice-Présidente du Sénat, Madame Anne Hidalgo, Maire de Paris, M.Pierre- François Veil, Président du Comité français pour Yad Vashem, S.E Aliza Bin-Noun, Ambassadeur d'Israël en France, et M.Eric de Rotschild, Président du Mémorial de la Shoah Paris.

Nicole Guedj, Isabelle Debré, Pierre Osowiechi, Vice-Président du Comité français pour Yad Vashem 

 

Discours d'Isabelle Debré, Vice-Présidente du Sénat 

Les Justes de France auxquels nous rendons hommage aujourd’hui, portent une part immense de l’honneur de notre pays.

Ces Français, quelles qu’aient été leurs croyances, leurs opinions, leur condition sociale, ont accueilli des hommes, des femmes et des enfants pourchassés et martyrisés, parce qu’ils étaient juifs.

Ces Français n’ont pas hésité à mettre en péril leur vie et celle de leur famille, à braver la torture et la mort.

Ces Français n’ont pas recherché les honneurs et ont fait preuve de la plus grande modestie. C’est la raison pour laquelle il nous revient de les honorer.

Si nous devons pleinement assumer les parts d’ombre de notre Histoire, il nous revient aussi de glorifier celles et ceux à qui l’on doit toutes ses parts de lumières.

C’est ainsi que la République choisit, aujourd’hui, de rendre hommage à ces Français, en ajoutant près 536 noms à ceux déjà présents sur ce mur des Justes créé en 2006.

Toutes et tous ont eu le courage de voir et de comprendre la faiblesse et la détresse de ces persécutés : « Le juste connaît la cause des faibles, le méchant n’a pas l’intelligence de la connaître » dit l’Ancien Testament.

C’est le courage et la foi qui animent l'action du pasteur Trocmé et de sa femme Magda. Avec d'autres pasteurs et la population du Chambon-sur-Lignon, ce couple a organisé l'hébergement et la survie de centaines de Juifs. Le pasteur Trocmé et sa femme sont aujourd’hui, avec les habitants de ce village, le symbole même de l'action des Justes.

Pour cet hommage de la nation aux Justes de France, nous sommes rassemblés pour évoquer notre passé, mais aussi pour enrichir notre avenir.

Les Justes de France ont transmis à la nation un message essentiel : le refus de l'aveuglement. Si l'antisémitisme s'est déchaîné dans les années 30, c'est faute d'avoir été condamné et combattu avec la fermeté nécessaire à cette époque.

 

Si l'on transige avec l'extrémisme, le fondamentalisme, on laisse à nouveau s’installer le mal absolu. C’est la raison pour laquelle le combat des justes, loin d’être achevé doit être poursuivi!

 

Une forme nouvelle de « guerre » se déroule désormais sur notre sol, dont la barbarie s’est exprimée récemment, comme en témoignent le calvaire d’Hilan Halimi, les lâches assassinats à l’école Ozar Hatorah et dans le magasin Hyper casher de Vincennes.

L’antisémitisme, est pourtant à l’opposé de toutes les valeurs humanistes de la France des Droits de l’Homme. Le Judaïsme appartient à notre Récit National depuis tant de siècles. Il est une part de l’âme de la France.

Dans les moments où l’Histoire vacille, où la barbarie reparait, des hommes et des femmes savent voir le Mal, et prendre, avec une immense générosité, tous les risques pour le combattre et sauver ceux qui sont persécutés, à l’image des Justes que nous honorons.

Ils ont sauvé l’honneur de la France et de l'Europe et nous montrent le chemin.

« Le juste tombe sept fois, et il se relève. » nous disent les Saintes Ecritures -Roi Salomon, Proverbes, 24, 16-. Ces femmes et ces hommes, dont les noms sont gravés sur ce mur, font appel à notre courage, à notre persévérance et à notre esprit de Résistance !

Il nous faut sans cesse entretenir la flamme de la lumière des Justes face aux périls que nous devrons ensemble affronter. Puisse ce mur des Justes de France aujourd’hui enrichi de ces 536 noms, nous donner la force de lutter contre l’antisémitisme et toutes formes de haine avec la même foi et la même détermination que celles et ceux qui l’ont combattu quand les démons du nazisme envahissaient l’Europe.

 

Discours de S.E Aliza Bin-Noun, Ambassadeur d'Israël en France  

 

Monsieur le Président du Mémorial de la Shoah,

Monsieur le Président du Comité français pour Yad Vashem,

Madame la Maire de Paris,

Monsieur le Député de Paris,

Madame le Ministre, Présidente de la Fondation France-Israël,

Monsieur l'Ambassadeur de Bosnie,

Monsieur le Directeur de l'Office national des Anciens Combattants et victimes de guerre,

Monsieur le Directeur du Louvre,

Monsieur le Délégué diocésain du service des relations avec le judaïsme,

Mesdames et Messieurs les Elus,

Mesdames et Messieurs, Chers Amis,

 

C’est avec une émotion intense, mêlée de fierté, que j’assiste aujourd’hui / à cette cérémonie de dévoilement des noms des Justes parmi les Nations / nommés entre 2011 (deux mille onze) et 2014 (deux mille quatorze).

Nous sommes un peuple ancien, dont la mémoire est infinie / et nous nous rappellerons du nom de chaque personne sur ce Mur des Justes, pour avoir risqué leur propre vie / afin de secourir nos mères, nos pères, nos enfants ; pour avoir lutté / pour préserver la dignité du genre humain.

 

Le Mur intérieur qui contient les noms des victimes et ce Mur des Justes, contenant les noms de ces héros français, sont la garantie qu'ils ne seront jamais oubliés.

Comme nous l’enseigne le Talmud : « Qui sauve une vie sauve l'univers tout entier »  לפיכך נברא אדם יחידי ללמדך שכל המאבד נפש אחת מעלה עליו הכתוב כאילו איבד עולם מלא

Si la grande majorité est restée silencieuse et passive, les Justes parmi les Nations ont, par leur révolte et leur bravoure, ouvert une brèche d'humanité et de liberté, dans un pays accablé par la guerre, l'occupation et la barbarie nazie.

Il y eut des personnes investies corps et âmes / dans le sauvetage de Juifs, de simples êtres humains qui venaient au secours d’autres êtres humains désespérés. Et ils l’ont fait au nom d’un seul et unique devoir : le devoir d’humanité.

 

Au cœur de l'obscurité de ce chapitre de l'histoire de l'Europe, de l'histoire du peuple Juif, il y a eu les lumières brillantes de ces héros : ceux-là même à qui l'humanité doit tant de gratitude.

 

Ceux-là même envers qui le peuple juif / sera redevable à tout jamais : les Justes parmi les Nations.

Depuis plus de quarante ans, le Musée Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem honore la mémoire des hommes et des femmes qui se sont engagés pour sauver la vie des Juifs persécutés. La médaille des Justes parmi les Nations est la plus haute distinction civile de mon pays.

Plus de vingt-cinq milles (25 000) Justes parmi les Nations / ont été reconnus à ce jour à travers le monde, dont plus de trois mille huit cent cinquante-trois (3853) Français.

En tant qu'Ambassadeur d'Israël, j'attache une grande importance à la recherche de ces héros, sans attendre que l'abominable histoire de la Shoah soit consignée seulement / dans les livres d'histoire.

 

Cet hommage revêt une signification toute particulière. En effet, l’histoire des Justes doit être racontée, transmise, rappelée aux nouvelles générations, car elle est la preuve que l'homme survit / malgré la peur et l'oppression.

 

Dans son discours devant l'Assemblée générale de l'ONU, le 1er octobre dernier, le Premier ministre Netanyahou / a rappelé que les menaces de destruction d'Israël persistent / tout en dénonçant le silence de l'ONU. Je cite le Premier ministre israélien :

"70 ans après le meurtre de 6 millions de Juifs, les dirigeants iraniens promettent de détruire mon pays, de tuer mon peuple, et la réponse de cette assemblée, de presque tous les gouvernements représentés ici/ a été inexistante. Silence total. Silence assourdissant ".

 

Le Premier ministre israélien a lancé un appel au Président de l'Autorité palestinienne /à reprendre des négociations de Paix directes sans condition préalable.

Seule réponse à cette main tendue, le massacre sanglant / d'un couple d'Israéliens devant leurs enfants, laissant 4 orphelins / âgés de moins de 10 ans / dont un bébé de 4 mois. Un Rabbin et un jeune franco-israélien/ ont été sauvagement assassinés lors d'une attaque meurtrière / à Jérusalem, laissant derrière eux des familles / et des enfants. Les émeutes / et les tentatives de meurtre ne cessent pas et chaque jour / de nouvelles agressions sont à prévoir.

 

A l’heure où les derniers témoins et survivants / de la Seconde Guerre mondiale / sont de moins en moins nombreux, le combat pour la tolérance et la lutte contre toute forme de xénophobie, racisme ou antisémitisme / sont toujours d’actualité / pour les nouvelles générations.

 

Les Justes montrent le chemin et rappellent que seules / la fraternité et la solidarité / peuvent sauver l’humanité.

Ils nous enseignent / qu'il faut toujours croire en l'Homme et le servir.

Le Prix Nobel de la Paix / Elie Wiesel / a dit des Justes parmi les Nations : "Nous devons connaître ces gens bons / qui ont aidé des Juifs pendant la Shoah. Nous devons apprendre d'eux, et avec gratitude et espoir, nous devons / nous souvenir d'eux".

Et aux familles de ces héros, je voudrais dire : vos noms sont inscrits dans nos cœurs. J'ai une pensée émue / aux Justes parmi les Nations / disparus.

Je vous remercie.