VISITE DU PREMIER MINISTRE MANUEL VALLS EN ISRAEL ET DANS LES TERRITOIRES PALESTINIENS.

26/05/2016

Manuel Valls s'est rendu en Israël et dans les territoires palestiniens du 21 au 24 mai dernier. Nicole Guedj, ancien ministre et Président de la Fondation France Israel a accompagné la délégation du premier ministre.

 

Yuval Steinitz, ministre des infrastructures nationales, de l'énergie et de l'eau, Nicole Guedj, Manuel Valls

 

Visite de Manuel Valls en Israël : Article écrit et diffusé par Elnet 

Bilan et perspectives
21-24 mai 2016

 
Le Premier ministre Manuel Valls s’est rendu en Israël et dans les territoires palestiniens du 21 au 24 mai pour promouvoir l’initiative de paix française prévue le 3 juin prochain. Sa venue intervient dans un contexte politique local doublement trouble avec d’un côté, la réticence du gouvernement israélien à cautionner une réunion préliminaire dont ils seront exclus, et de l’autre la démission du Ministre de la Défense Moshe Yaalon qui laisse sa place à Avigdor Lieberman, figure israélienne contestée à la fois par ses discours tranchés et son manque d’expérience militaire.
 
Fidèle soutien d’Israël, Manuel Valls a multiplié les signes d’amitié à l’égard de ses hôtes. Que ce soit lors de la visite d’une plateforme de start-up à Tel Aviv, de sa rencontre avec l’ancien président Shimon Peres, ou de sa participation à l’émission politique de la chaîne de télévision i24 : « Israël a sans doute tous les défauts du monde, mérite sans doute toutes les critiques, mais c’est une démocratie apaisée », a-t-il déclaré à l’université de Tel Aviv.
 
Après le fiasco suscité par le vote de la France à l’UNESCO, Manuel Valls a insisté sur le fait que la France n'avait pas de parti pris car la paix est « dans l'intérêt de tous », Israéliens comme Palestiniens. 
 
Boycott d’Israël, lutte contre l’antisémitisme, lutte contre le terrorisme, coopération économique et technologique, échanges culturels… tels sont les sujets qui ont été abordés en plus de l’initiative française à venir, donnant l’occasion à la France et Israël d’exprimer leurs positions et consolider leur amitié.
 
Consolidation de l’amitié franco-israélienne
 
La visite officielle effectuée par Manuel Valls témoignait de la diversité et l’intensité des relations qu’entretiennent la France et Israël dans les domaines politiques, économiques, culturels, environnementaux (inauguration d’une centrale EDF près de Ashdod). Des rencontres ont été organisées avec le Premier Ministre israélien Benjamin Netanyahou, le Président israélien Reuven Rivlin, ainsi qu’avec d’autres personnalités politiques telles que l’ancien Président Shimon Peres, et aussi Yitzhak Herzog et Tzipi Livni autour de divers sujets comme l'initiative de paix que propose la France.
 


 

Le Premier Ministre a rencontré des start-ups françaises à Tel-Aviv, saluant ainsi la vitalité israélienne en matière d’innovation. Il s’est entretenu avec des étudiants français et israéliens à l’université de Tel Aviv, reçu la médaille Georges Wise, la plus haute distinction de l’UTA à l’occasion du 60e anniversaire de l’Université, « en reconnaissance de son rôle exemplaire de dirigeant et d’homme d’État, de sa détermination courageuse pour lutter contre les manifestations de l’antisémitisme et du racisme en France, y compris sa dénonciation publique du phénomène de l’antisionisme comme nouvelle forme d’antisémitisme, pour son rôle dans la promotion des relations franco-israéliennes et ses sentiments chaleureux d’amitié envers Israël et le peuple juif »
 
Le séjour de Manuel Valls a également été marqué par une dimension mémorielle. Après s’être rendu à Yad Vashem, le chef du gouvernement s’est recueilli sur les tombes des victimes françaises de l’antisémitisme et du terrorisme.
 


 


Le rôle de médiateur de la France dans la résolution du conflit
 
Avant même d’évoquer l’initiative française de paix, Manuel Valls a pris ses distances avec les déclarations faites en janvier par l’ancien chef de la diplomatie française Laurent Fabius, selon lesquelles la France reconnaîtrait l’Etat palestinien en cas d’échec des négociations : « Dire aujourd’hui que nous reconnaîtrons l’Etat palestinien, c’est acter par avance l’échec de notre initiative », a expliqué le chef du gouvernement. Il s’est enfin de nouveau excusé après la ratification en avril par la France d’une résolution de l’Unesco qui nie le passé juif de la ville de Jérusalem. « Ce vote n’aurait jamais dû avoir lieu », a-t-il déclaré, appelant à « tourner la page de cet épisode malheureux. »
 
La visite a largement été dominée par le projet français de réunir une conférence internationale pour relancer l'effort de paix, moribond depuis l'échec de la dernière initiative américaine en 2014. Contrairement à ce que les médias français ont pu suggérer, le Premier ministre Benyamin Netanyahou ne s’est pas opposé à la médiation française mais a souligné que « les négociations bilatérales sont le seul moyen de progresser vers la paix. »
Comme l’a dit Manuel Valls, la France a un rôle historique dans la région et est légitime à débloquer ce statut quo : « Il faut prendre garde à l’illusion d’un statu quo qui donnerait le sentiment d’une forme de tranquillité ou, en tout cas, de sécurité immédiate (...) L’avenir, il faut le construire, l’édifier sans plus tarder ». Rappelant les difficultés que connaissent les négociations, il a affirmé que la paix reposait sur des principes incontournables. « Ce principe, c’est la coexistence de deux Etats : un Etat palestinien aux côtés d’un Etat israélien et un Etat palestinien dont la viabilité doit être assurée, avec Jérusalem comme capitale de ces deux Etats », rappelant ainsi que son pays n’ignore rien des défis sécuritaires d’Israël et que l’Hexagone.
 

 S’il a abondé sur la nécessité d’un dialogue direct entre Israéliens et Palestiniens, le Premier ministre a déclaré dans le quotidien palestinien Al-Ayyam que l’arrêt de la « colonisation » israélienne dans les Territoires palestiniens était un « impératif ». Toutefois Manuel Valls n’a parlé de « colonisation » qu’après sa rencontre avec Benyamin Netanyahou et à qu’une seule reprise. Tout au long de son séjour, il s’est exprimé avec précaution et a choisi chacun de ses mots.
 
Condamnation du boycott et lutte contre le « nouvel » antisémitisme
 
Fidèle soutien d’Israël, Manuel Valls a été décoré d’une médaille à l’Université de Tel Aviv pour son engagement dans la lutte contre l’antisémitisme, « le combat de sa vie », comme il l’a lui-même confessé. Très engagé également dans le combat contre le boycott d’Israël, il a affirmé : « Comment ne pas condamner ceux qui se livrent à cette entreprise de destruction des liens qui nous unissent ? Comment peut-on se dire éclairé, démocrate, et vouloir boycotter le savoir, la recherche, la culture, la création, la créativité ? », citant un appel au boycott d’un spectacle du ballet israélien Batsheva à l’Opéra Garnier à Paris.
 
Le chef du gouvernement français a régulièrement accusé ces derniers mois la campagne de boycott anti-israélien, menée au nom de la solidarité avec la cause palestinienne, de masquer de l’antisionisme mais aussi de l’antisémitisme. « Boycotter, c’est couper les ponts, alors que les nations ont tant à gagner à se parler, à échanger. Et, au fond, derrière ce boycott nous savons bien ce qu’il y a, non seulement la contestation, mais aussi la détestation de l’Etat d’Israël, la détestation d’un foyer juif, et donc des juifs dans leur ensemble », a réitéré Manuel Valls.
 
Contre-proposition de Benyamin Netanyahou rejetée par l’Autorité palestinienne
 
Si le soutien palestinien à l’initiative française est acquis, Benyamin Netanyahou s’est montré beaucoup plus sceptique, non pas sur le rôle de médiation de la France dans la résolution du conflit mais sur les paramètres de cette réunion internationale qui se déroulera sans les principaux intéressés et qui sera du fait de la présence de nombreux Etats arabes hostiles à Israël, biaisée. Manuel Valls a assuré « qu’il n’y a pas de volonté de gêner Israël », toutefois son homologue, rappelant la trahison ressentie suite au vote français à l’UNESCO. Dans ce contexte, le Premier ministre Benyamin Netanyahou a proposé une « initiative française différente » sous la forme de discussions bilatérales à Paris. « J'ai entendu la proposition de Netanyahou. Je vais en parler au président de la République François Hollande », a répondu Manuel Valls. Il a cependant signifié par la suite à mots couverts que la France n'était pas prête à reconsidérer son plan de marche après la contre-offre de Benjamin Netanyahu. « Les Israéliens savent que cette conférence internationale va avoir lieu le 3 juin à Paris »
 
Le Premier ministre de l'Autorité palestinienne Rami Hamdallah a rejeté la contre-offre israélienne à l'initiative française pour relancer le processus de paix, jugeant que son homologue israélien Benyamin Netanyahou cherchait « à gagner du temps ». « Cette fois-ci, [Benjamin Netanyahu] n'échappera pas à la communauté internationale », a-t-il ajouté voulant une fois encore internationaliser la cause palestinienne.
 
Négociations directes et coopération régionale, la seule voie vers la paix
 
A l’issue de cette visite, plusieurs leviers d’action semblent exploitables pour les prochains rendez-vous diplomatiques :
Souligner encore et toujours le caractère indispensable des négociations directes, rappelé à la fois par Manuel Valls et Benyamin Netanyahou ;
Exiger la « viabilité » des territoires palestiniens, condition sine qua non à la création d’un Etat palestinien ;
Renforcer la coopération régionale comme moyen de stabilisation des Etats voisins, et vectrice de paix.
La France a aujourd’hui une opportunité réelle à saisir. Dans un Moyen-Orient qui s'embrase, la résolution du conflit israélo-palestinien ne peut être que la conséquence d'une solution globale « qui intègre la stabilisation des Etats arabes sunnites modérés et la mise en place d'une coopération économique régionale sur les eaux les sciences et les universités ». C’est l’idée qui a été insufflée à Manuel Valls par Ayoub Kara, ministre de la coopération régionale de l’Etat hébreu. ELNET avait organisé la venue à Paris du ministre druze du 11 au 14 avril dernier. Le Premier ministre français a repris « ce grand projet » de coopération à l’occasion d’une interview sur Europe 1 le 24 mai.
 

***

 

Si la France veut être audible dans la résolution du conflit, elle doit prendre pleinement conscience du terrain et du contexte régional, sans brûler les étapes, aider à rétablir la confiance et renforcer les coopérations économiques et stratégiques pour créer un climat favorable plutôt que d’imposer des paramètres sans consulter les principaux intéressés.
Depuis que la communauté internationale lui en a donné l’occasion en lui conférant le statut d’Etat-membre dans les grandes institutions, l’Autorité palestinienne a utilisé ce genre de rendez-vous diplomatiques pour condamner systématiquement Israël. Ces gages donnés au Palestiniens n’ont guère mené à la paix, au contraire, ils n’ont qu’encouragé plus de défiance entre les peuples.
 
La France a quant elle clarifié ses positions et précisé son ambition même si la récente affaire de l’UNESCO laisse planer quelques incertitudes quant aux décisions finales qui émaneront de la conférence internationale.
La visite de Manuel Valls aura permis au gouvernement israélien de faire part de ses inquiétudes face à une initiative dont elle craint que l’issue soit l’imposition d’un diktat. Ce diktat serait la reconnaissance d’un Etat palestinien dont la viabilité ne serait pas assurée aux niveaux politiques et économiques.

Liens

 - Interview de Manuel Valls Par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1
http://www.europe1.fr/emissions/l-interview-politique/necessite-dun-accord-de-paix-entre-israel-et-palestine-blocages-de-raffineries-loi-travail-et-extreme-droite-manuel-valls-repond-aux-questions-de-jean-pierre-elkabbach-2753134
- Déclaration de Benyamin Netanyahou face à manuel Valls
https://www.facebook.com/IsraelenFrance/videos/1169758649721638/?pnref=story
- Manuel Valls se rend sur les tombes des victimes françaises d’actes antisémites
http://abonnes.lemonde.fr/proche-orient/video/2016/05/23/en-israel-manuel-valls-se-rend-sur-les-tombes-de-victimes-d-actes-antisemites-en-france_4924892_3218.html
- Manuel Valls, invité de Paul Amar sur i24
http://www.i24news.tv/fr/actu/international/114188-160522-la-france-regrette-le-vote-a-l-unesco-c-etait-une-erreur-valls