Discours de Paul Schaffer au Mémorial de la Shoah le 11 juillet 2017


 

Chers amis,

 

Avant de vous parler de mes liens personnels avec Simone, je tiens à redire à nos camarades, survivants de la shoah, et nombreux amis ici, ces quelques mots.

 

SIMONE ne nous a jamais oubliés : malgré ses immenses charges officielles, elle a toujours trouvé le temps nécessaire pour défendre notre cause et rester parmi nous.

 

Elle a su, avec Serge Klarsfeld en particulier, prendre les initiatives essentielles pour graver, partout où cela pouvait être utile,

 

LA MEMOIRE DE LA SHOAH.

 

Aussi, je veux, encore une fois t’exprimer au nom de nous tous, très chère SIMONE, notre affliction, mais aussi notre immense reconnaissance pour l’extraordinaire image que tu laisses des survivants et de toutes les victimes de la shoah : exemple de courage de volonté et de droiture pour les futures générations. Une image de fidélité en conservant la promesse que nous avions faites à ceux qui sont morts sous nos yeux :

 

NE JAMAIS OUBLIER.

 

Admirable et très chère SIMONE. Mes sentiments atteignent pour toi presque ceux que je ressens pour ma propre sœur, gazée le jour de notre arrivée en 1942, elle avait ton âge et ta beauté.

 

Arrêté avec ma famille en Aout 1942 dans la zone non occupée, déporté quelques jours plus tard, en septembre. Je fus affecté en 1944 au petit commando particulier de BOBREK. Nous y étions environ 250 hommes et une quarantaine des femmes.

 

C’est là où j’ai vu arriver en juillet 1944, avec quelques autres déportées, Madame Jacob, ta mère, Milou, ta sœur et toi SIMONE. C’est à Bobrek, que nous sommes rencontrés et avons travaillé ensemble jusqu’aux terribles marches de la mort.

 

A de rares moments, nous pouvions parler à travers les grillages qui nous séparaient, nous regardant dans les yeux.

 

Nous étions principalement préoccupés par notre situation, nous partagions la volonté farouche de survivre, de résister et tenir coûte que coûte : alors que nous savions notre fin inéluctable. De toutes nos forces, nous partagions le même espoir : vivre, pour au moins connaître la défaite de nous bourreaux.

 

Et l’impensable libération, guidée par les forces du destin eu lieu.

 

Nous nous sommes alors retrouvés à Paris avec quelques autres survivants de BOBREK. Depuis lors, nous ne nous sommes plus jamais quittés.

 

De camarade, j’ai le privilège de devenir l’un de très proche et fidèle amis.

 

Simone et moi, nous n’avons jamais cessé de nous voir, de nous parler, de partager nos épreuves et nos joies.

 

Que de déjeuners à deux n’avons-nous pas eus au cours desquels nous évoquions toujours le camp, mais aussi les amis disparus ou retrouvés.

 

Que de voyages avons nous faits ensemble. Je pense tout particulièrement aux visites à notre amie commune Rachel Limone à Tel-Aviv. A ton bouleversant témoignage à l’Université israélienne de BAR ILANE, pour y recevoir l’un de tes nombreux titres de Docteur Honoris Causa et où tu avais tenu à ce que je t’y accompagne.

 

Tu savais, que je partageais avec ces étudiants orthodoxes qui t’écoutaient, un certain héritage du judaïsme religieux que tu respectais.

 

Il n’y a que ceux qui ne te connaissaient pas qui ont pu s’étonner que tu demandes à ce que le Kaddish soit dit, quand tu ne serais plus.

 

J’étais très ému cher Jean, et Pierre François, de vous l’entendre dire sur sa tombe.

 

Ma chère Simone, ma sœur, tu nous as quittés, moi qui espérais te précéder sur cette voie ultime.

 

Comme les membres de ta famille, je suis très triste, inconsolable de t’avoir perdue à jamais.

 

Simone, ma très chère Simone, souvenir des moments les plus durs de notre vie, image de ma sœur, je te garderai dans mon cœur jusqu’au dernier moment de ma vie.

 

Paul Schaffer

11 Juillet 2017-06-26

 

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