Discours de Monsieur Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères, lors du dîner de Gala annuel de la Fondation France Israël

30/11/2012

Retrouvez l'intégralité du discours de Monsieur Laurent Fabius, Ministre des Affaires étrangères, prononcé à l'occasion du dîner de Gala annuel de la Fondation France Israël.

 

Madame la Présidente,

Mesdames et Messieurs, chers amis,

Bienvenue au Quai d’Orsay pour le traditionnel dîner de la Fondation France-Israël, en ce jour anniversaire de la reconnaissance par les Nations Unies de l’Etat d’Israël. Le 29 novembre 1947, la France soutenait la résolution 181 de l’Assemblée générale des Nations Unies, c’est-à-dire un plan de partage réalisant les aspirations du peuple juif à un Etat. La résolution portait aussi création d’un Etat arabe, qui n’était encore que virtuel, mais dont le principe était légitime. La France a été, ensuite, un des premiers Etats à établir des relations diplomatiques avec Israël et est resté depuis un constant défenseur du droit d’Israël à vivre en paix et en sécurité.

Le peuple français est l’ami d’Israël. Cette formule renvoie à une réalité quotidienne. La relation entre nous est forte, les liens entre nos sociétés étroits. Le dynamisme de la Fondation France-Israël y contribue. Depuis sa création, la Fondation a rapproché nos sociétés. Je pense par exemple aux voyages des petits-enfants de Justes en Israël. Je veux saluer votre action, en particulier celle que vous menez, Madame la Présidente. Vous pouvez être assurés du soutien de mon Ministère dans votre tâche.

Je suis heureux de l’action de notre ambassade et de la Fondation dans le domaine culturel. Celles-ci agissent pour répondre à une soif de culture française en Israël, où un habitant sur dix est francophone. La meilleure connaissance réciproque passe aussi – pourquoi le récuser ? - par la gastronomie et l’art de vivre : une dégustation de vin, comme celle que vous organisez aujourd’hui, est un moyen assez éprouvé de rapprocher les hommes – en toute modération, bien sûr.

Je sais que, plus largement, vous souhaitez travailler à l’approfondissement de nos échanges économiques et commerciaux et je vous y encourage. Il existe des marges de progrès importants. Nos entreprises doivent participer davantage aux projets qui façonneront l’Israël de demain. Je pense par exemple à l’exploitation des ressources gazières au large d’Israël. Les start-up israéliennes et les groupes français doivent unir davantage leurs efforts de recherche. Je salue la création par la Fondation d’Isralink, un réseau social rapprochant nos entreprises, qui constitue un exemple innovant.

Mesdames et Messieurs,

Votre action concerne aussi la lutte contre l’antisémitisme en France, qui est un sujet de préoccupation prioritaire partagé avec le gouvernement. Le Président de la République l’a encore rappelé le 1er novembre à Toulouse, en présence du Premier ministre d’Israël, avec des mots forts et nécessaires : l’antisémitisme sera réprimé sous toutes ses formes et manifestations. Nous n’accepterons pas qu’un juif puisse avoir à souffrir de quelque manière que ce soit d’être juif. Les juifs de France doivent se sentir en pleine sécurité ici, en France. Aucun écart ne doit être toléré. Notre vigilance doit être absolue, notamment contre les manifestations extrémistes. Sur un autre plan, la loi renforçant le dispositif de lutte contre le terrorisme qui vient d’être voté de manière consensuelle à l’Assemblée nationale devrait nous permettre de mieux lutter contre les filières jihadistes.

Les liens de confiance que la France et Israël ont su tisser ces dernières années, notamment grâce à la Fondation, sont marqués par une grande maturité. Je parlais de la visite de Benyamin Netanyahou début novembre. Beaucoup d’autres ont eu lieu : nous avons également accueilli en quelques mois Dan Méridor, Shelly Yachimovich, Tzipi Livni. Je suis en contact régulier avec l’ensemble du gouvernement israélien. Me rendant récemment en Israël, j’y ai rencontré le Président Simon Peres, le Premier ministre Netanyahu et les ministres de la Défense et des Affaires étrangères.J’y étais pour proposer notre appui lors de la crise de Gaza. Rien ne peut évidemment justifier l’envoi de roquettes sur Israël. La France s’est mobilisée face aux souffrances des populations civiles et devant le risque d’une aggravation et d’un débordement du conflit. Nous travaillons actuellement à la consolidation du cessez-le-feu. C’est une tâche difficile, qui impose notamment de lutter contre la contrebande d’armes à destination de Gaza. La France sera présente à ce rendez-vous comme elle l’est chaque fois que la sécurité d’Israël est menacée.

Vous connaissez notre position sur le vote à l’Assemblée générale des Nations Unies. Dans ce contexte fragile et complexe, la démarche de Mahmoud Abbas ne venait pas au moment opportun, et nous le lui avons dit. C’est la voie de la négociation qui permettra d’aboutir à une solution durable. Mais, par rapport à la question posée, nous nous devions d’être cohérents avec notre position, constante depuis le discours du Président Mitterrand devant la Knesset en 1982, prolongée par le Président Sarkozy en 2011 à l’UNESCO et réaffirmée à maintes reprises. Cohérence, mais aussi lucidité car ce vote – je l’ai souligné devant le Parlement – sera loin de tout régler. L’exigence fondamentale, c’est la reprise du dialogue et de la négociation en vue d’établir les conditions d’une paix durable, qui doit garantir dans le long terme la sécurité d’Israël. Nous voulons y contribuer en mettant à profit notre capacité à être écoutés de tous. A cet égard, j’ai fait valoir au Président Morsi l’importance que la France accorde au traité de paix entre Israël et l’Egypte.

Notre amitié nous permet de présenter dans certains cas des analyses et des avis différents sans que cela remette en cause l’essentiel : Israël sait que la France sera à ses côtés pour défendre son droit à la paix et à la sécurité et refuser toute remise en cause de sa légitimité. A cet égard, je veux souligner notre attitude de grande fermeté à l’encontre de l’Iran. Nous n’acceptons pas que le régime d’Iran se dote de la bombe. Ce serait une menace directe contre la stabilité de l’ensemble de la région et, entendant les propos des dirigeants iraniens, contre Israël. Nous sommes prêts à un nouveau durcissement des sanctions si l’Iran continue de refuser de se conformer aux règles qui découlent du Traité de non-prolifération.

Madame la Présidente, Mesdames et Messieurs,

Comme vous, je mesure l’inquiétude et les graves préoccupations du peuple israélien dans un contexte international bouleversé. La France ne transigera pas avec la sécurité d’Israël et nous serons toujours disponibles pour apporter notre aide sur le chemin de la paix.

Ce dîner célèbre 65 ans d’amitié entre la France et Israël.

Shalom et longue vie au peuple d’Israël.

Ecoutez le discours en cliquant sur le lien: http://www.youtube.com/watch?v=uRG0iQbPYao&feature=youtu.be