La Fondation France Israel présente dans la délégation officielle du Président de la République en Israël

21/11/2013

Le programme du voyage: 

DIMANCHE 17 NOVEMBRE 2013


JERUSALEM

13h30 Entretien avec M. Shimon Peres, Président de l’Etat d’Israël

Suivi d’une déclaration à la presse

16h00 Cimetière du Mont Herzl (tombe de Theodor Herzl et d’Yitzhak Rabin)

16h15 Mémorial de Yad Vashem, en présence de M. Shimon Peres et de M. Benyamin Netanyahou

18h00 Entretien avec M. Benyamin Netanyahou, Premier ministre d’Israël

Suivi d’un point de presse

 

LUNDI 18 NOVEMBRE 2013


JERUSALEM

8h30 Domaine national de Sainte Anne de Jérusalem 


RAMALLAH

10h30 Mausolée de Yasser Arafat

10h45 Entretien avec M. Mahmoud Abbas, Président de l’Autorité palestinienne

12h00 Signature d’accords, suivi d’un point de presse

14h15 Fondation Mahmoud Darwich (Rencontre avec des jeunes palestiniens)


JERUSALEM

17h30 Knesset : Allocution du président de la République

19h30 Dîner d’Etat offert par le Président Shimon Peres


MARDI 19 NOVEMBRE 2013 

TEL AVIV

8h45 Cimetière de Givat Shaul (tombes des victimes de l’attentat de l’école Ozar Hatorah de Toulouse)

9h45 Ouverture de la journée de l’innovation et rencontre économique, en présence de M. Shimon Peres et M. Benyamin Netanyahou

Allocution du président de la République

Signature d’accords

11h30 Réception en l’honneur de la communauté française

 

Déclaration du président de la République à l'issue de son entretien avec M. Simon PERES

Tel – Aviv - Dimanche 17 novembre 2013

" Monsieur le Président, c’est un honneur d’être reçu par vous, ici, en Israël. Je vous avais moi-même accueilli, il y a quelques mois, à Paris pour une visite. Je vous retrouve aujourd’hui encore plus jeune. Il y a beaucoup de miracles en Israël, vous en êtes un ! Et je vous adresse une invitation à revenir en France pour une visite d’Etat, à l’occasion du 65ème anniversaire de la déclaration d’indépendance d’Israël.

Car, Shimon PERES, vous êtes un ami de la France, un ami de toujours. Un ami qui a connu des épreuves et qui a toujours vu la France aux côtés d’Israël. Vous venez de le rappeler, vous étiez avec Ben GOURION, à Paris, pour une rencontre déjà historique avec le général de GAULLE. Puis vous avez été l’ami, et c’est un privilège, de François MITTERRAND. Vous aviez avec lui une complicité politique, mais aussi intellectuelle, culturelle. Et dans notre entretien, vous me confiez des leçons que vous aviez apprises de lui. Vous avez, à chaque étape de la vie de votre pays, toujours eu la volonté de garder le lien avec la France.

La France, qui est à vos côtés, sait par l’Histoire mais aussi par une communauté de valeurs, ce que nous partageons entre nos deux pays. La France peut être également touchée par ce fléau, cette honte, qu’est l’antisémitisme. Nous avons, là aussi, vécu douloureusement un certain nombre de drames. Je peux ici, en Israël, confirmer l’engagement, la détermination, la volonté des autorités françaises à lutter contre le racisme et l’antisémitisme que l’on peut voir ressurgir, hélas, dans la période récente.

Nous avons donc parlé de notre histoire, nous avons parlé de nos relations, de nos liens, de notre culture, de notre économie. Mais nous avons aussi évoqué ensemble les sujets les plus urgents et les plus brûlants de l’actualité.

D’abord, sur la question de la prolifération nucléaire et notamment le dossier iranien, j’ai réaffirmé devant le président ce que j’avais dit dès mes premiers pas sur la terre d’Israël. Nous n’admettrons jamais que l’Iran puisse détenir l’arme nucléaire. Parce que c’est une menace pour la sécurité d’Israël, mais c’est aussi une menace pour l’ensemble du monde. Donc, nous cherchons un accord, nous voulons un accord, parce que nous pensons que la négociation, la diplomatie, c’est préférable à toute autre voie, et à toute autre issue. Mais cet accord, qui peut être obtenu, ne sera possible que si l’Iran renonce définitivement à l’arme nucléaire.

Nous avons aussi parlé de la Syrie. Je remercie Shimon PERES pour le soutien qu’il a plusieurs fois prodigué quant à la position de la France sur cette question. En fait, sur la Syrie nous avons voulu à travers une pression, y compris militaire, obtenir la destruction des armes chimiques. C’est engagé, ce n’est pas terminé. Nous devrons être vigilants, mais nous avons également le but d’en terminer avec cette guerre civile en Syrie qui affecte toute la région, avec un nombre de réfugiés qui va en augmentant, qui déséquilibre les pays voisins : Jordanie, Liban, Turquie. Nous cherchons donc une solution politique qui mette de côté, à la fois, ceux qui oppriment le peuple syrien et aussi les extrémistes et les terroristes, car il y en a aussi en Syrie.

Le troisième point, c’est la lutte contre le terrorisme. La France aussi y prend sa part. Merci, Shimon PERES, d’avoir rappelé ce qu’avait été la position de mon pays et ce qui a justifié son intervention, sous l’égide de la communauté internationale, au Mali. Là encore, nous ne cherchions aucun intérêt, nous ne poursuivions aucun avantage, si ce n’est de mettre un coup d’arrêt à une offensive terroriste et de réduire cette menace. Elle n’a pas disparu. L’intégrité du Mali a été retrouvée, des élections ont été organisées – présidentielle et bientôt législatives. Mais nous savons qu’il y a encore des foyers terroristes. A telle enseigne, que nous en avons payé le prix... Mais nous tiendrons bon, nous continuerons et nous appuierons les pays africains dans leur lutte contre le terrorisme.

Paris va recevoir, au mois de décembre, une grande conférence. La France avec les pays africains – tous les pays africains, en présence du Secrétaire général des Nations Unies et avec également l’Europe comme partenaire – feront en sorte que les Africains puissent assurer eux-mêmes leur propre sécurité et lutter contre le terrorisme.

Tout à l’heure, Laurent FABIUS, votre ami, nous a quittés pour quelques heures pour rejoindre le Nigéria, là où l’un de nos compatriotes a été libéré, s’est libéré. Nous en sommes très heureux. Mais nous n’oublions pas les autres otages, qui sont capturés parfois depuis des mois, parfois depuis des jours. Je suivrai particulièrement le déplacement de Laurent FABIUS et je suis en contact aussi avec le Président du Cameroun, M. BIYA, pour que nous puissions retrouver le prêtre qui a été enlevé au Nord du Cameroun.

Je reviens au dernier sujet, peut-être le plus important, c’est celui de la paix. Simon PERES, vous êtes un militant infatigable de la paix. Cela ne veut pas dire être pour la paix dans n’importe quelles conditions. Cela veut dire poser les conditions pour qu’il y ait la paix.

Vous avez contribué, il y a 20 ans, aux accords d’Oslo. Vous savez combien cette tâche est difficile. Mais là, il y a urgence, parce qu’il ne s’agit plus simplement d’un accord de plus. Il s’agit de trouver un accord définitif pour une paix juste et durable. Avec la solution que vous avez rappelée, celle des deux Etats, pour qu’il puisse y avoir un épuisement de toutes les revendications et que la région puisse trouver stabilité, sécurité et dynamisme.

Il y aura des gestes à faire, de part et d’autre. Des gestes du côté israélien ont commencé d’être produits – la libération des prisonniers – d’autres sont attendus, notamment sur la colonisation. Et puis, il y a des gestes du côté palestinien. J’en parlerai avec Mahmoud ABBAS. Mais je sais que, si toutes les volontés se conjuguent, si toutes les décisions convergent dans le même sens, si le courage est partagé, alors vous obtiendrez, vous, Shimon PERES, le Gouvernement israélien, les Palestiniens, mais surtout tous ceux qui sont les militants infatigables de cette cause, la plus belle des victoires. Car il n’y a pas de plus belles victoires que celle de la paix.

Merci ".

 

Point de presse conjoint de M. Hollande avec le Premier ministre d’Israël, M. Netanyahou

 

M. FRANÇOIS HOLLANDE - « Monsieur le Premier ministre, cher Benyamin, je suis sensible à l’accueil qui m’est fait. Pas à ma personne, mais à la fonction que j’exerce et donc au peuple français. Cet accueil est lié – tu l’as rappelé – à l’Histoire : l’histoire du peuple juif, l’histoire de la France.

Nous avons été ensemble pour porter des valeurs et des principes qui demeurent aujourd’hui. Une histoire aussi de douleurs, d’épreuves, de drames… La visite à Yad Vashem, c’est vrai, est une émotion. Qui va à Yad Vashem et qui n’a pas cette émotion, ne peut pas appartenir à l’humanité.

Pour un Français, aller dans ce lieu et regarder des photos d’enfants, de mères, de parents, de familles qui ont été déportés de France – du camp de Drancy notamment – c’est une souffrance, c’est une épreuve qui crée, entre nous, une solidarité qui ne peut pas être simplement celle de deux Etats qui devraient avoir de bonnes relations diplomatiques ; mais de deux pays qui sont liés humainement, presque charnellement.

C’est vrai que la France a encore à lutter contre l’antisémitisme. Nous pourrions penser, après la Shoah, que ce fléau n’aurait jamais été capable de pouvoir trouver un espace. Et pourtant ! Je me souviens de ta venue à Toulouse pour évoquer l’hommage aux victimes de l’attentat terroriste. J’aurai l’occasion avec toi d’aller sur leur tombe à Givat Shaul (suit un nom hébreu). Je me souviens des mots que nous avions prononcés, l’un et l’autre, et aussi de la solidarité dont nous avions fait preuve. Vous étiez donc éprouvé comme nous l’étions par ce drame.

Aujourd’hui, nous nous retrouvons pour parler économie, parce que c’est ce qui fait que nos pays peuvent avancer. Nous avons besoin d’avoir de la croissance et de l’emploi. Israël a de la croissance. La France est donc aussi à ses côtés pour en prendre, dans le meilleur sens du terme, une partie. Nous avons fait le choix – nous en parlerons mardi – du développement par l’innovation, par la technologie. Parce que c’est ce qui permet à des économies de connaître, non pas simplement des répits, des rebonds, mais une croissance durable. Nous parlerons donc, comme nous l’avons déjà fait, d’énergies, d’infrastructures, de transports… Nous allons signer un certain nombre d’accords. Nous parlerons d’innovation et de recherche…

Mais je veux aller aux sujets essentiels et d’abord à la question de la paix, de la sécurité – de la sécurité d’Israël mais aussi de la sécurité de toute la région. Parce que quand je vais dans les pays arabes, les pays du Golfe, ou quand je reçois leurs dirigeants, de quoi me parlent-ils ? De la paix, de la sécurité dans des termes qui ne sont pas différents… »

Nous avons ce devoir-là, de régler un problème qui est en discussion depuis trop d’années. Parce que l’Iran, depuis trop longtemps, participe à une négociation sans jamais avancer. Nous devons en sortir.

Mais nous n’en sortirons que s’il y a des garanties. Faut-il un accord ou pas d’accord ? Il faut une solution diplomatique. La négociation est toujours préférable à l’action de force. Après, mieux vaut un bon accord qu’un mauvais. Là-dessus, nous pouvons nous entendre. Le mieux, ce serait d’aller tout de suite à un accord final.

Le but, c’est que l’Iran renonce à tout jamais à l’arme nucléaire. Je dis cela pour l’Iran comme je dis cela pour d’autres pays. Mais il se trouve que c’est l’Iran et que nous sommes contre la prolifération nucléaire ; et qu’en Iran il y a une volonté de pouvoir enrichir l’uranium jusqu’à pouvoir passer à l’étape militaire.

Donc, nous discutons, nous négocions. Ces derniers jours, il y a eu des avancées. Elles sont incontestables, mais elles ne sont pas apparues suffisantes. C’est pourquoi la France a joué tout son rôle dans la négociation pour un accord intérimaire qui doit aller vers un accord final. Nous avons posé des exigences. Ces exigences continueront à demeurer pour l’ensemble des participants. En tout cas, pour la France, ce sera sa position.

Nous ne voulons rien empêcher, au sens où nous serions amenés à bloquer ; mais nous ne voulons rien autoriser qui pourrait être un doute sur les intentions de l’Iran. La France veut donc un accord sérieux, solide, crédible et donnant toutes les garanties. Et nous maintiendrons la pression. Oui, la pression ! Parce que, s’il n’y avait pas eu les sanctions, si les sanctions n’avaient pas été renforcées, il est clair que l’Iran n’aurait pas eu les paroles – je ne parle que des paroles, pas encore des actes – qui ont été prononcées ces dernières semaines.

Voilà pourquoi je raisonne, non pas simplement en ami d’Israël – ce ne serait pas une raison suffisante…. Je raisonne d’abord parce que la France doit assurer la paix dans la région et lutter contre la prolifération nucléaire.

La France a aussi agi – nous en avons parlé – par rapport aux armes chimiques. Là aussi, il a fallu faire pression, y compris sur le plan militaire. On a beaucoup dit : la France a été la première – pas la seule – à exercer cette menace sur le régime syrien. Mais heureusement que nous l’avons fait ! Sinon, nous ne serions pas en train de détruire les stocks chimiques. Est-ce que cela suffit ? Non. Il faut maintenant passer à la transition politique ; éviter que les extrêmes, là aussi, et les terroristes puissent s’installer en Syrie ; et éviter que les flux de réfugiés finissent pas déstabiliser toute la région.

Nous l’avons dit avec le Président PERES, nous le redisons ici : la lutte contre le terrorisme ne connait pas de frontière. Partout nous avons à lutter, là où les terroristes existent. Nous l’avons fait en Afrique, au Mali, non pas pour poursuivre je ne sais quel intérêt, mais parce que nous étions appelés et que la communauté internationale nous en avait donné mandat.

Mais, là aussi, nous n’en avons pas fini avec cette lutte contre le terrorisme qui s’est installée sur toute une partie de l’Afrique en utilisant tous les trafics : trafic d’armes, trafic de drogues, trafic y compris d’êtres humains…

Aujourd’hui, nous avons eu une nouvelle heureuse – j’en ai parlé dès mon arrivée ici puisque j’ai connu cette nouvelle dans l’avion qui m’a mené en Israël. Laurent FABIUS s’y est rendu, il doit être arrivé. Francis COLLOMP est dans la capitale du Nigéria et rentrera, dans la journée, de demain à Paris. En tout cas le plus tôt possible. Mais je n’oublie pas les autres otages. Otages en Syrie, ce n’est pas loin d’ici : quatre ; otages aussi Sahel…

Je veux terminer – et nous en reparlerons avec le Premier ministre – sur les négociations de paix. Parce qu’elles sont engagées, parce que des efforts ont été faits, notamment du côté de la libération des prisonniers. J’imagine la difficulté de prendre des décisions comme celles-là. Sur la colonisation, j’ai aussi rappelé qu’elle était la position de la France et de l’Europe. J’irai demain rencontrer le Président de l’Autorité palestinienne : des gestes aussi doivent être faits parce qu’une négociation suppose que chacun fasse des gestes.

Un accord de paix, là aussi, doit être trouvé. Mais un accord définitif qui épuise les revendications et qui permettent la sécurité d’Israël et la viabilité de l’Etat palestinien, puisque cela serait sur la base de la solution des deux Etats.

Voilà le sens de ma visite : l’amitié, l’Histoire, les relations économiques et la paix, la sécurité. Vouloir la paix n’est pas simplement l’appeler, vouloir la paix n’est pas simplement l’évoquer. Vouloir la paix, c’est un combat, c’est une lutte. J’espère que cette lutte sera une victoire. Merci ».

M. FRANÇOIS HOLLANDE – « Il y a l’accord intérimaire qui n’est pas l’accord final. Ne demandons pas l’accord intérimaire, ce que nous voudrions écrire dans l’accord final. Ou alors, ne parlons plus d’accord intérimaire ! La France est pour un accord intérimaire sur quatre points qui me paraissent être les quatre exigences que nous avons posées ensemble au P5+1.

Première exigence, mettre sous contrôle l’intégralité des installations nucléaires iraniennes, sous contrôle international dès à présent. Deuxième point, suspendre l’enrichissement à 20%. Troisième exigence, réduire le stock existant. Et enfin, arrêter la construction d’Arak. Voilà les points qui pour nous sont essentiels comme garantie d’un accord ».

M. BENYAMIN NETANYAHOU – « Ce sont les centrifugeuses qui sont utilisées uniquement avec cet objectif. Ce n’est pas des nécessités nucléaires pour le civil. Bien entendu, les centrales de plutonium et à eau lourde ne servent qu’à la préparation de bombes nucléaires.

Dans le cas de l’Iran, on peut les utiliser, bien entendu, avec ces moyens pour faire des isotopes médicaux. Je comprends aussi que l’Iran est en train de préparer ses missiles intercontinentaux pour pouvoir envoyer ces isotopes aux malades iraniens, qui se trouvent sur toute la planète…Vous comprenez bien que c’est complètement absurde. L’Iran veut rester avec ses capacités de centrifugeuses et leurs centrales de plutonium, afin de fabriquer des armes nucléaires.

On leur démantèlera ces capacités. Je ne suis pas en faveur d’un accord intérimaire. Je pense, comme vous le savez, que c’est une erreur. Mais si un tel accord rentrait dans un cadre de démantèlement de ces capacités – d’accord, si vous voulez, définitif – et que l’on prenait des mesures, quelles qu’elles soient pour démanteler des centrifugeuses, ne serait-ce que quelques interventions pour démanteler la centrale de plutonium, cela ne me plairait pas, mais je pourrai dire : « bon, il y a un certain progrès ».

Mais il ne s’agit même pas de cela. Ce dont il s’agit aujourd’hui, c’est, à grands regrets, de l’enrichissement des capacités basiques de l’Iran, de fabriquer la matière fissile pour une bombe, avec un préavis de quelques semaines. Ce à quoi l’Iran renonce, même s’il renonce au 20%, c’est à quelques jours, trois semaines, 26 jours, à peu près. C’est de cet ordre de grandeur qu’il s’agit. Bien entendu, c’est une concession qui est seulement mineure, c’est une concession insignifiante et à mon avis, c’est pour cela que c’est un mauvais accord ».

QUESTION – « M. le président, vous avez appelé Israël à faire un geste sur la colonisation. Est-ce que vous seriez prêt à aller aussi loin que le Secrétaire d’Etat américain, John KERRY, qui a parlé d’une colonisation illégitime ? »

M. FRANÇOIS HOLLANDE – « Moi, j’ai mes propres mots et je m’exprime comme je pense être, non seulement la position de la France, mais l’intérêt d’un accord pour la paix. La colonisation ne peut pas faciliter un accord. La colonisation, c’est compliquer ce qui pourrait être un accord définitif.

C’est pourquoi, je pense que les décisions qui, à un moment avaient été annoncées et qui paraissaient empêcher toute discussion, ont été heureusement annulées. Je souhaite que ce soit cet esprit-là, dans les prochaines semaines et les prochains mois, qui l’emporte sur toute autre considération. On veut la paix, on doit avoir des gestes pour la paix ».

QUESTION – « Est-ce que vous avez des points d’interrogation pour ce qui est de l’engagement du Président OBAMA, comme il l’a dit auparavant, d’empêcher l’arme nucléaire ? Ou, en termes moins diplomatiques, est-ce que vous êtes déçu de la position de l’administration américaine ? »

M. BENYAMIN NETANYAHOU - « Ecoutez, les Etats-Unis et le président OBAMA ont déclaré plus d’une fois que leur objectif était d’empêcher l’Iran d’avoir l’arme nucléaire. Nous sommes évidemment à leurs côtés dans cet objectif. Parmi tous nos meilleurs amis, les Etats-Unis font partie de nos meilleurs amis et nous avons d’autres excellents amis comme la France, mais il est évident que nous avons une relation extrêmement particulière avec les Etats-Unis et une relation qui va être préservée.

Mais, même parmi les familles les plus proches, les amis les plus proches, il peut y avoir parfois certaines dissensions. Nous nous concentrons donc, non seulement sur la question de l’armement, mais sur la question de la capacité de produire la matière fissile qui est au cœur de cette arme. C’est là la chose la plus difficile à préparer. Donc, c’est là-dessus que l’Iran s’entête, qu’il veut la garder entre ses mains.

J’espère donc que ce que nous défendons sera réalisé. Cela me semble très important, pas seulement pour Israël, mais comme je l’ai dit, pour la France, pour l’Europe, les Etats-Unis et pour le monde entier.

Mais, dans la mesure où les choses ne se font pas, eh bien, il faut comprendre qu’Israël préservera son droit à se défendre elle-même et un mauvais accord n’engagera pas Israël. Je l’ai déjà dit, après la visite à Yad Vashem, quand nous disons « plus jamais », c’est exactement ce que nous voulons dire. « Plus jamais cela », nous ne mettrons pas Israël dans une situation où son existence même est remise en cause.

J’ai déjà dit qu’un accord intérimaire qui fait partie d’un accord définitif – et que l’on sait ce que va être cet accord définitif – ce n’est pas quelque chose que je recommanderai à cause du risque de la levée des sanctions que cela amènerait. Mais, au moins, on peut comprendre le cursus d’un accord : alléger les sanctions qui peuvent très rapidement s’émietter… Moi, je vois déjà les signes avant-coureurs de l’organisation, qui est en train d’avoir lieu, parmi des sociétés d’investissement, des investisseurs et des gouvernements qui attendent de pouvoir se lancer en Iran, se jeter sur le marché iranien, en vue d’un accord qui vient s’approchant.

Moi, je crois vraiment qu’un tel accord, ce premier pas qui n’est pas un accord intérimaire dans un cadre général sur lequel on s’est mis d’accord… Et bien, je suis très inquiet que cela risque d’amener exactement les résultats inverses de ce que l’on espère. Au lieu d’amener les Iraniens à être plus souples, cela va les amener à durcir leur position.

Comprenez leur point de vue ! Comment est-ce qu’ils voient les choses ? Ils disent : « voilà, nous, on était là, on a préservé nos capacités d’enrichissement d’uranium, nos capacités au niveau du plutonium, nous n’avons pas bougé d’un millimètre, ils ont fait des sanctions maximum, ils ont fait une pression maximum, nous n’avons pas bougé. Maintenant que la pression s’allège, pourquoi est-ce que l’on bougerait ? Tous les investisseurs vont arriver ! Pourquoi devrions-nous renoncer ? »

Je crois qu’un tel accord, ce premier pas risque d’être le dernier. Cela n’est pas bien pour trouver une solution diplomatique, ce n’est pas bon pour une solution pacifique ».

QUESTION – « Monsieur le Président, vous avez indiqué, tout à l’heure quand vous étiez auprès de Shimon PERES, que Francis COLLOMP s’était libéré. Est-ce que vous pouvez nous préciser dans quelle circonstance et dans quelle condition ? »

M. FRANÇOIS HOLLANDE – « Je suis en Israël, je ne suis pas au Nigéria, cela ne vous a pas échappé. Je n’ai pas rencontré Francis COLLOMP, je l’ai eu au téléphone. Il m’a donné un certain nombre de conditions qui ont permis sa liberté. Je pense qu’il sera préférable de l’entendre et, aussi, de bien comprendre ce qui s’est produit, puisque les autorités du Nigéria ont aussi joué leur rôle.

Mais, je vais dire une chose, c’est que cet homme a fait preuve d’un courage exceptionnel. Pas simplement parce qu’il a été retenu en captivité pendant un an, mais parce que, au péril de sa propre existence, il a pu saisir une occasion. Ensuite, dans des conditions qui peuvent être celle d’un livre d’aventures, il a été capable de retrouver la liberté et maintenant la sûreté.

Je suis fier de lui, parce que c’est un homme qui a été capable de tenir bon. Dans les paroles que nous avons échangées – j’étais dans le ciel entre la France et Israël et il était juste arrivé, protégé maintenant par nos propres éléments, nos propres forces – il était capable de parler clairement, nettement et ce de qu’il avait vécu et de ce qu’il venait de vivre. Voilà, il y a des Français qui font honneur aux Français. Merci ».

M. BENJAMIN NETANYAHOU - « On peut dire, Monsieur le Président, Mazel Tov ».

 

Discours du Président de la République devant le Parlement de l’Etat d’Israël

"Monsieur le Président de l’Etat d’Israël, cher Shimon Peres,

Monsieur le Premier Ministre, cher Benyamin Netanyahou,

Monsieur le Président de la Knesset,

Madame le chef de l’opposition,

Mesdames et Messieurs les députés,

Je vous remercie, sincèrement, pour l’honneur que vous me faites, que vous faites à la France, en me permettant de m’exprimer, ici, devant votre assemblée, la Knesset qui est à la fois le symbole et l’incarnation de la démocratie israélienne, qui rassemble ici toutes les sensibilités que votre pays compte en son sein.

Ma présence ici me permet de saluer votre Etat pour le 65eme anniversaire de sa déclaration d’indépendance, Israël.

Israël est né d’une indicible douleur, celle d’hommes et de femmes qui – au fond des gouffres, dans les abimes, malgré les persécutions, les pogroms – ont espéré un jour trouver ici, enfin, la lumière.

Israël est né d’une irrésistible volonté. Celle qu’exprimait, prophétique, Théodore Herzl quand il déclarait au monde entier qu’il serait « libéré par [votre] liberté, enrichi par [votre] richesse et grandi par [votre] grandeur ». Cette histoire, c’est vous qui l’avez écrite.

Le 14 mai 1948 vous avez fondé une nation souveraine, égale à toutes les autres mais différente des autres, car vous avez fait de votre tragédie le levier pour construire votre pays. Vous vous êtes battus tant de fois, depuis 65 ans, pour préserver votre pays. Et si Israël vit, si Israël existe, vous ne le devez qu’à vous-mêmes.

Je veux donc rendre hommage à tout le peuple juif dont l’histoire se confond avec celle de l’humanité tout entière.

Eparpillés « sur les eaux profondes des autres civilisations » comme l’écrivait l’historien français Fernand Braudel, les Juifs se sont adaptés aux conditions qui leur étaient proposées, souvent hostiles. Ils ont néanmoins chanté et écrit dans plusieurs langues, ils ont fait don de leurs talents, de leur science, de leur créativité. Ils ont permis au monde d’être meilleur. Mais, pour autant, ils n’ont jamais, ces Juifs, cessé de tourner leur regard vers cette terre, la terre d’Israël.

Mais ce n’est qu’après l’abomination de la Shoah qu’enfin le peuple juif a trouvé, ici, sa patrie. Il a bâti son « toit politique » abritant une démocratie dont rien n’a jamais pu altérer la vitalité ; c’est ici qu’il a constitué un « foyer » qui rassemble, par l’esprit et par le cœur, des millions d’hommes et de femmes du monde entier qui regardent avec admiration et, pour beaucoup, fierté comment Israël accomplit sa promesse.

Ici a été créée une société ouverte, fondée sur l’égalité de droit de tous les citoyens, « sans distinction de croyance ou de sexe », comme l’avaient voulu vos pères fondateurs.

Vous avez construit une économie solide, dynamique, prospère, sur une terre qui n’était pas forcément la plus fertile et avec des ressources qui étaient limitées. Vous avez gardé l’esprit des pionniers. Aujourd’hui, dans le domaine des hautes technologies, vous avez même pris de l’avance. Je suis là pour partager avec les universités qui sont les vôtres, les laboratoires qui comptent parmi les plus performants du monde. Vous avez été capables d’être un centre mondial d’innovation.

Vous avez aussi donné de grands savants, comme Dan Shechtman et d’autres, tant d’autres que je ne vais pas citer, qui ont reçu d’illustres distinctions pour leurs travaux scientifiques. Vous avez donné également de grands écrivains, comme Shaï Agnon, le Prix Nobel, qui a été salué pour « son art de la narration profondément caractéristique des motifs de la vie du peuple juif ». Et puis aussi tant de cinéastes brillants qui ont conquis le public partout dans le monde.

Mais je ne vais pas, ici, citer tous ceux qui ont fait l’honneur de votre pays. Je vais me tourner vers Shimon Peres, parce que lui est, à la fois, le témoin et l’acteur de l’histoire, la vôtre. Il est aussi le témoin et l’acteur de notre histoire, celle de la relation entre Israël et la France. Quand je me pose une question sur ce qu’étaient les rapports entre Israël et mon pays, j’appelle Shimon Peres. Car lui a rencontré le général de Gaulle. Car lui, Shimon Peres, était l’ami de François Mitterrand. Beaucoup s’en réclamaient mais il y en avait peu : il en était. Cela ne l’a pas empêché d’être l’ami de beaucoup d’autres.

Oui, la France a été toujours du côté d’Israël, dès le premier jour, pour affirmer son droit à l’existence. Soixante-cinq ans après, je viens exprimer ici, au nom de la France, comme François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy l’avaient fait avant moi, l’amitié de la France pour Israël. Cette amitié, elle est vous est acquise. Elle est d’autant plus forte qu’elle dépasse les alternances politiques, les dirigeants successifs et même les aléas de la vie internationale.

Parfois, cette amitié a pu être, non pas compromise, jamais compromise, mais heurtée par la franchise qui a dû être la nôtre ou qui a dû être la vôtre. Car entre amis l’élégance consiste d’abord à se dire la vérité.

Mais l’histoire a créé une relation indestructible entre nous qui remonte à loin, comme l’a dit le Premier ministre : au temps des Lumières, des grands philosophes qui eux-mêmes s’étaient inspirés du judaïsme pour porter un message universel.

La France ne serait pas la France si, en 1791, elle n’avait pas été la première, vous l’avez rappelé Monsieur le Président, à reconnaître les Juifs en Europe comme des citoyens à part entière. La France ne serait pas totalement la France si, du fond de sa conscience, ne s’étaient pas élevées des voix comme Emile Zola, Georges Clemenceau, Jean Jaurès pour défendre l’honneur outragé du capitaine Alfred Dreyfus.

C’est parce qu’en France des voix s’étaient élevées pour défendre Dreyfus, que des Juifs en Europe étaient venus dans mon pays, en toute confiance, parce qu’ils se disaient que, là, ils ne risquaient plus rien. Oui, notre histoire c’est aussi qu’entre 1942 et 1944, 76.000 Juifs ont été déportés de France. J’ai rappelé, c’était le 16 juillet 2012, après que Jacques CHIRAC l’avait fait avant moi, 70 ans après la rafle du Vel d’Hiv, que ce crime avait été commis en France par la France contre la France. Mais j’ai rappelé aussi que si certains s’étaient couverts de honte, tellement d’autres, plus nombreux, avaient protégé et sauvé des Juifs au point pour certains d’être admis dans la mémoire des Justes, et être ainsi les garants de l’honneur de la France.

Oui, Benyamin NETANYAHOU l’a rappelé, nous étions hier à Yad Vashem, saisis par l’émotion, par la douleur, par l’effroi. Et en même temps conscients de l’obligation qui est sur nous, sur tous les pays qui ont connu cette tragédie, d’être fidèles à l’obligation qui leur est faite, que plus jamais, plus jamais, ne se reproduise un crime contre les Juifs !

C’est pourquoi la France combat de toutes ses forces l’antisémitisme, où qu’il se déploie. Nous le pourchassons sans répit sur notre sol. Parce que cette abjection, hélas, n’a pas disparu. Elle remonte aux profondeurs de l’Histoire, elle prend des masques chaque fois différents, elle cherche des justifications… mais elle est toujours le visage de la haine. Elle continue de tuer des innocents.

Le 19 mars 2012, dans cette école - une école ! - Ozar Hatorah, à Toulouse, Myriam Monsonego, Gabriel Sandler, Arieh Sandler, Jonathan Sandler ont été assassinés, assassinés parce qu’ils étaient juifs. J’avais, dès le lendemain de cette tragédie, dit – je n’étais pas encore Président – combien ce crime, là encore, ne pouvait pas rester impuni ; mais surtout que nous devions prévenir toute résurgence de l’antisémitisme. Il y a un an, avec Benyamin Netanyahou, nous étions à Toulouse pour rendre hommage à ces familles. Demain matin, je me rendrai au cimetière de Givat Shaul, où ils reposent. Ils sont vos frères et vos sœurs ; mais ils sont aussi les nôtres. Je réaffirme ici, à cette tribune, l’engagement de la République française de veiller, en toutes circonstances, sur la sécurité et sur l’intégrité des Juifs de France.

Je sais ce que représente la communauté juive en France. Elle est la première d’Europe. Elle contribue aujourd’hui comme hier à la grandeur de mon pays. Elle lui a offert d’illustres et belles figures dans tous les domaines politique, scientifique, artistique, économique. Elle est pleinement française, mais fraternellement attachée à Israël. Plusieurs de ses représentants, ici, m’accompagnent. Ils étaient aussi avec moi en Palestine, je les en remercie, prouvant là aussi que cette cause de la paix est partagée.

Je sais aussi que plus de 100 000 – on me dit 120 000, peut-être encore davantage – Français résident en Israël et vivent cette double fidélité, d’apporter leur concours à la vitalité de votre pays, et en même temps de faire rayonner la France, ici en Israël.

Vous avez rappelé, Monsieur le Président, que 10% de la population israélienne parlait le français. Vous en avez fait d’ailleurs la preuve, tous. Je me suis même demandé, pourquoi vos discours avaient été traduits et pourquoi le mien l’est encore. Nos deux langues sont liées aussi par leur histoire.

Une légende veut que le fondateur de l’hébreu moderne, Eliezer BEN YEHUDA ait dit que c’était dans une rue de Paris, « dans un café du boulevard Montmartre » qu’il se mit à parler l’hébreu – il ne l’avait pas parlé sans le connaitre, mais c’était à Paris qu’il avait pris conscience qu’il convenait de le parler et d’en faire même le premier dictionnaire moderne. Pourquoi ? Parce que la langue française est une langue de partage. Parce que la langue française est une langue qui se donne aux autres et que l’hébreu aussi a cette vocation universelle.

Je souhaite que la culture, mais aussi les langues que nous parlons, puissent être partagées. C’est un élément de notre relation – la culture, les valeurs, les principes – qui nous rend fiers d’être des peuples qui considèrent que nous avons un message à livrer au monde.

Nous avons donc souscrit, le Premier ministre et moi-même, une déclaration pour une nouvelle étape de notre coopération bilatérale. Soyons francs, des déclarations, nous en faisons beaucoup, nous en écrivons un grand nombre. Parfois je me demande ce qu’elles deviennent une fois l’encre séchée. Cette fois-ci, nous avons voulu donner une nouvelle force à notre amitié.

Sur le plan économique, des entreprises françaises sont présentes en Israël dans des domaines importants : les énergies, les transports, les nouvelles technologies. Il y a eu des accords – et j’en suis heureux – entre entreprises françaises et entreprises israéliennes pour des infrastructures, notamment ferroviaires, ou pour le photovoltaïque. Mais reconnaissons qu’il n’y en a pas assez, d’entreprises françaises présentes en Israël, qu’il n’y a pas assez d’échanges commerciaux entre nos deux pays, que nous devons faire davantage.

Nous avons fait le choix de mettre l’innovation et les nouvelles technologies au cœur de notre coopération. Vous êtes – parait-il – les champions du monde des start-up, mais d’une certaine façon, Israël est une start-up.

Nous devons faire en sorte que toutes ces entreprises, qui créent, qui inventent, qui sont sur les technologies, non pas de demain mais d’après-demain, puissent – françaises et israéliennes – créer des liens nouveaux, des partenariats d’excellence. Parce que nous avons nous-mêmes cette ambition scientifique. La France est un grand pays de recherche. Elle consacre moins d’argent que vous à cette nécessité de la recherche. Vous êtes le pays qui dépensez le plus, donc le mieux, pour la recherche et pour l’innovation. Nous avons décidé de relancer le Haut-Conseil franco-israélien pour la science et pour la technologie.

Je veux aussi qu’il y ait plus d’étudiants israéliens en France, étudiants français aussi en Israël, que les coopérations entre l’Ecole Polytechnique et l’université du Technion puissent être considérées comme des références pour l’ensemble des établissements d’enseignement supérieur.

Je parlais de culture, je propose que nous organisions une saison croisée, entre la France et Israël, en 2018, pour le soixante-dixième anniversaire de votre Etat. Voilà ce que nous avons à faire ensemble, comme pays amis.

Ensuite, nous devons aussi nous parler des grands enjeux de la planète, du monde et le premier enjeu : c’est la paix et la sécurité. La France connaît bien le Proche-Orient, par son histoire, par ses responsabilités, par sa vocation de membre du Conseil permanent du Conseil de sécurité. La France veut y rester engagée. C’est son devoir. Nos principes, pour cette région, vous les connaissez. Ils n’ont pas changé depuis la naissance de votre Etat.

Israël a le droit et le devoir de se défendre, de protéger son existence, de garantir la sécurité de son peuple. Je sais que vous ne comptez que sur vos propres forces pour y parvenir. Mais sachez que la France est là. Elle est votre amie. Mais nous devons aller plus loin et le montrer.

D’abord, sur le sujet de la prolifération, la France ne laissera pas l’Iran se doter de l’arme nucléaire. Nous n’avons rien contre l’Iran. C’est un pays qui est issu, lui-même, d’une longue et grande histoire. Nous n’avons rien contre son peuple qui mérite de pouvoir accéder à l’énergie, y compris nucléaire, sur le plan civil. Mais nous ne pouvons pas admettre qu’il puisse avoir accès à l’arme nucléaire, parce que ce serait une menace pour Israël, pour d’autres pays de la région qui l’ont parfaitement compris, mais également un danger pour le monde entier.

Tout doit être mis en œuvre maintenant pour résoudre cette crise. Comment ? Par la voie diplomatique, par la voie de la négociation. C’est toujours la voie qu’il faut emprunter, c’est celle qui permet d’arriver à un accord, de le vérifier sans qu’il y ait le risque de l’embrasement.

Les 5+1 ont fait propositions sérieuses, solides et crédibles, alors même que les négociations étaient enferrées, depuis des années, et que rien ne semblait devoir bouger. La France a fait en sorte – son ministre des Affaires étrangères y a veillé – que toutes les exigences soient prises en compte et que toutes les garanties soient prévues. C’est maintenant à l’Iran de répondre. Pas par des simples mots, pas par des vagues promesses, mais par des mesures concrètes et vérifiables. J’affirme ici que nous maintiendrons les sanctions tant que nous n’aurons pas la certitude du renoncement définitif et irréversible de l’Iran à son programme nucléaire militaire.

Sur un autre sujet, un autre enjeu – le terrorisme – la France a montré qu’elle était prête également à prendre ses responsabilités. Le terrorisme, vous savez ce que c’est. Cette souffrance infinie infligée à des innocents. Nous avons vécu ensemble le drame de l’enlèvement de Gilad SHALIT pour savoir ce que cela peut représenter aussi, ces captures, ces otages. La France est concernée. Nous sommes touchés aussi par le terrorisme lorsque des journalistes sont assassinés parce qu’ils sont journalistes et aussi parce qu’ils sont Français ; Ou quand un pays est menacé par le terrorisme – pas simplement par des actes terroristes, mais par une invasion terroriste, parce que le terrorisme s’est constitué maintenant, non plus simplement en groupe, mais en force capable de contrôler des territoires – alors la France répond à la demande qui lui est faite. Ce fut le cas au Mali. La France a pris sa responsabilité. Devant le terrorisme, il convient d’agir vite, d’agir fort et d’agir dans le droit international.

L’autre enjeu, c’est la situation au Moyen-Orient. Le Moyen-Orient a connu ces derniers mois des changements considérables, des bouleversements. Nous devons faire en sorte, aujourd’hui, que les pays qui constituent cette région puissent retrouver stabilité et liberté. Mais comment ne pas évoquer le drame syrien ? La France, depuis plusieurs mois, alerte la communauté internationale. Ce n’est pas n’importe quelle guerre civile qui se produit en Syrie contre un dictateur. C’est l’écrasement d’un peuple qui provoque forcément l’arrivée de groupes qui s’emparent du désarroi, de la colère, de l’exaspération de ce même peuple, pour essayer de détourner le sens même de sa révolution.

Nous avons, nous, lorsque les armes chimiques ont été utilisées en Syrie – car elles ont été utilisées en Syrie – nous avons fait la pression militaire et politique qui s’imposait. S’il n’y avait pas eu cette pression militaire, dont certains se sont à un moment interrogés quant à son bien-fondé, il y aurait encore aujourd’hui des armes chimiques qui seraient utilisées en Syrie. Elles doivent être détruites, elles le seront.

Mais nous n’en n’aurons pas terminé, s’il n’y a pas une solution politique en Syrie. S’il n’y a pas une transition, il y aura alors de plus en plus de réfugiés. Alors des pays qui vous sont proches, qui sont vos voisins, seront déstabilisés : Jordanie, Liban notamment. Nous avons l’obligation de trouver une solution et la France ne ménagera pas sa peine pour y parvenir.

Le dernier enjeu, c’est celui de la paix et de la négociation avec la Palestine.

Je ne suis pas venu pour vous donner des leçons. Mais pour vous parler avec sincérité et franchise, dans un absolu respect de ce que vous avez à décider vous-mêmes, car c’est vous qui décidez. Mais vous ne décidez pas simplement pour vous-mêmes, vous décidez pour la région et pour le monde entier. C’est là votre responsabilité.

Je me souviens des mots de David GROSSMAN : il faut « défendre nos vies, mais aussi s’obstiner à préserver notre âme (…) de la contamination du cœur (…) qui est la vraie, grande malédiction de ceux qui vivent dans une zone de tragédie ». Il parlait à son fils, Uri, mort à la guerre, en 2006 : ses mots sont ceux de l’infini courage d’Israël qui doit négocier et aller vers la paix.

Depuis vingt ans, vous avez parcouru un long chemin. Des solutions qui paraissaient inconcevables, des mots qui étaient imprononçables sont devenus communs, à commencer par la nécessité d’un Etat palestinien, dont François MITTERRAND avait parlé ici, à cette tribune, il y a plus de trente ans. Aujourd’hui, l’urgence, c’est d’avancer et d’avancer encore et de conclure un accord définitif de paix. Le statu quo n’est pas tenable. Il provoquera toujours le ressentiment, la rancune et la haine.

Je suis conscient bien sûr des obstacles que vous avez à surmonter. Il y a l’engagement du Premier ministre Benyamin NETANYAHOU, qui a posé des actes pour que la discussion reprenne. C’était nécessaire. D’autres gestes devront suivre. Mais je mesure ce qu’a été la libération de prisonniers. Du côté palestinien, j’étais avec le Président ABBAS, nous avons aussi le même esprit, car je n’ai pas deux langages, un langage ici et un langage en Palestine. J’ai dit les efforts qu’il y avait à faire, le réalisme qu’il fallait apporter pour trouver la solution. Le réalisme sur tous les sujets. C’est le sens même des discussions et des négociations que vous avez.

La position de la France est connue. C’est un règlement négocié pour que l’Etat d'Israël et l’Etat de Palestine – ayant tous deux Jérusalem pour capitale – puissent coexister en paix et en sécurité. Deux Etats pour deux peuples. Tel est le constant message pour un règlement final. Mais un règlement final veut dire en terminer avec toutes les revendications. Un règlement final, ce n’est pas pour avoir ensuite une nouvelle demande d’un accord. C’est en terminer enfin avec ce conflit.

Cet accord n’aura de sens que si la sécurité d’Israël est renforcée et si toute nouvelle menace est écartée.

Quant à l’Etat palestinien, il devra être construit sur des bases solides. Il devra être viable. C’est pourquoi la colonisation doit cesser car elle compromet la solution des deux Etats. De la même manière, des facilités doivent être données pour l’économie palestinienne, pour que toutes les occasions de son développement, de sa croissance puissent permettre d’avoir une vie meilleure ; et que beaucoup se disent que c’est la paix qui permettra d’avoir, enfin, la prospérité et la reconnaissance de tous les talents.

La France est prête à vous accompagner.

C’est vrai que la France a de bonnes relations avec les pays arabes, et depuis longtemps. Nous sommes tout à fait disposés à utiliser justement cette confiance qui nous est apportée, à la France, du côté des pays arabes, pour leur dire : « poussez aussi à la négociation, faites en sorte, non pas simplement de prendre une initiative – elle est nécessaire – mais d’aller jusqu’au bout pour convaincre toutes les parties d’aller vers l’accord ».

Voilà ce que j’étais venu vous dire sur nos relations, notre amitié, notre confiance, notre espérance.

Avant même la création de l’Etat d’Israël, un grand Français, Léon BLUM – vous l’avez évoqué – faisait un rêve. Il était à la fin de sa vie, il avait connu lui aussi bien des épreuves – je ne parle pas de son expérience gouvernementale, qui est en soi une épreuve, je parle de la déportation. Il était revenu fatigué, vieilli. Il savait que sa mort était proche. Alors, il avait écrit un livre pour transmettre aux générations à venir un message. Ce message est le suivant : « ce qui fait la noblesse de l’homme, c’est de prévoir, c’est d’espérer, c’est d’anticiper, c’est de travailler à une œuvre qu’il ne contemplera pas lui-même, qui ne sera pas achevée et dont il ne profitera jamais ».

Le temps a passé. Une partie du rêve de Léon BLUM s’est accomplie. Il regardait aussi vers Israël. Mais l’œuvre n’est toujours pas achevée. Cette œuvre s’appelle la paix.

La paix requiert du courage. Sans doute plus que de faire la guerre. Du courage, vous n’en manquez pas.

La paix exige de la volonté. Celle de vaincre ses propres blessures, ses propres deuils, ses propres peurs. Vous avez montré que vous en étiez capables.

La paix surtout suppose de la confiance. C’est le plus dur. Confiance dans l’autre, dans le partenaire, confiance dans l’avenir. Confiance en soi-même. Confiance même en ses alliés et en ses amis. Il faut avoir confiance. Au début, c’est difficile. Puis après on la mérite, on la cherche et on la trouve.

La paix, c’est la plus belle des œuvres humaines. La paix, ce sera votre victoire, votre plus grande victoire.

Je vais terminer par des mots qui, j’espère, seront prononcés comme il convient :

«Hayim aroukim veshalom le am Israel ».

 

Plus d'informations: http://www.elysee.fr/chronologie/#e4905,2013-11-17,visite-d-etat-en-israel-visite-officielle-dans-les-territoires-palestiniens