Christian Estrosi a inauguré ce lundi 27 janvier 2014 un Mur des "Justes Parmi les Nations" à Nice.

28/01/2014

 

C’est un beau travail de Mémoire et un bel hommage rendu à ces hommes et ces femmes qui ont caché des juifs au péril de leur vie pendant la Seconde guerre Mondiale. 

 

Christian Estrosi, Député - Maire de Nice, Président de la Métropole Nice-Côte d’Azur a inauguré le Mur des "Justes parmi les Nations" au cœur du Cimetière du Château de Nice, en présence  d'Eric Ciotti, Député, Président du Conseil général des Alpes-Maritimes, Barnéa Hassid, Consul Général de l’Etat d’Israël à Marseille, Marek Halter, écrivain et enfant caché, et Nicole Guedj, Ancien Ministre, Président de la Fondation France Israël. 

Le titre de "Justes parmi les Nations" est décerné par le Mémorial israélien de Yad Vashem, qui a été établi en 1953, à Jérusalem, par la loi du mémorial votée par le parlement israélien. 

 

Discours prononcé par Monsieur Christian ESTROSI : 

 

Inauguration du mur des Justes

Lundi 27 janvier 2014, à 11h30

Cimetière du Château – Allée François Aragon

Civilités

Monsieur le Consul général de l’Etat d’Israël,

Cher Barnéa Hassid,

Cher Marek Halter, qui voues ta vie à la recherche de la Paix et as consacré un merveilleux livre, « La force du Bien », aux Justes parmi les nations,

Monsieur le Président du Conseil Général des Alpes-Maritimes, Cher Eric Ciotti,

Chers Martine Ouaknine et Auguste Vérola, mes Adjoints, qui m’avez accompagné depuis plusieurs mois  dans la réalisation de ce Mur des Justes,

Mesdames et messieurs les élus régionaux, départementaux, métropolitains et municipaux,

Monsieur le Président du Comité pour Yad Vashem- Nice Côte d’Azur, cher Daniel Wancier,

Monseigneur Guy Terrancle, Vicaire Général émérite, représentant Monseigneur Guy Thomazeau, Administrateur du Diocèse de Nice,

Monseigneur Antonin Blanchi,

Monsieur Michel Séliniotakis, Recteur de l’Eglise Orthodoxe grecque de Nice,

Monsieur le Rabbin Joseph Abittan,

Monsieur le Président du Conseil Régional du Culte musulman, Cher Boubakeur Bekri,

Messieurs les présidents des consistoires de Nice et de sa région, chers Maurice Niddam et Lucien Samak, et messieurs les présidents du CRIF Sud Est, du Fonds Social Juif unifié et de l’Appel Juïfs Unifiés, chers Jérôme Culioli, Sauveur Assous et Alain Balabanian,

Mesdames et messieurs les présidents des amitiés inter-cultuelles, chers Mohamed Fernane et Bernard Khol, qui représentez également l’Eglise Protestante Unie de France,

Mesdames et messieurs les enfants et petits-enfants de Justes parmi les nations,

Mesdames et messieurs les Déportés,

Mesdames et messieurs les représentants et les membres du monde Combattant,

Chers élèves des établissements scolaires Or Thora et Kerem Menahem,

Mesdames et messieurs les cadres et agents administratifs et techniques de la Ville de Nice et de la Métropole Nice Côte d’Azur, ayant participé à la réalisation de cet ouvrage,

Chers amis,

 

 

Inauguration du mur des Justes

Lundi 27 janvier 2014, à 11h30

Cimetière du Château – Allée François Aragon

Discours

 

La circonstance qui nous réunit aujourd’hui aurait pu, comme nous le faisons chaque 27 janvier, consister en la forte commémoration de la libération du camp d’Auschwitz, à laquelle s’ajoute la Journée internationale à la mémoire des victimes de l’Holocauste, telle que l’ONU l’a instituée en 2005.

Mais aujourd’hui, dans ce même esprit, nous inaugurons ce monument, dédié aux justes des Alpes-Maritimes.

Et en préparant ce moment, je me suis interrogé.

Qu’est-ce que l’honneur ?

Si je pose cette question, aujourd’hui, dans le silence et le recueillement de ce moment et de ce lieu, c’est parce que, de façon récurrente, on dit des Justes qu’ils ont sauvé l’honneur de leur pays.

A ce mot « honneur », on a coutume d’associer des mœurs désuètes, la chatouilleuse défense d’un rang, d’un privilège, d’un nom. Il y a dans ce mot comme un goût politique et social qui ne me paraît pas être en accord avec ce que ces hommes et ces femmes ont fait. L’honneur, ça fait un peu monocle et gants blancs, que je ne vois pas ici.

Car je crois, moi, que si on avait dit à chacun de ces 126 hommes et femmes qu’ils sauvaient l’honneur de la France, ils ne l’auraient pas cru.

Parce que ce n’est pas l’honneur qu’ils sauvaient.

C’est des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards, comme eux.

Des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards qu’on s’était ingénié à leur faire croire différents d’eux, parce que juifs, et parce que certains, alors, disaient que les Juifs n’étaient pas humains.

Et des hommes, des femmes, des enfants, des vieillards qu’ils ont reconnus comme leurs frères et sœurs, des hommes, des femmes, des vieillards et des enfants qui les ont émus parce qu’ils pleuraient, parfois, parce qu’ils avaient peur, parfois, parce qu’ils étaient dignes, parfois.

Comme vous, je regarde les noms gravés sur ce mur.

Des noms à consonance française, italienne, et d’autres origines.

Des noms et des destins divers, qui n’avaient pas vocation, à aucun titre, à se retrouver réunis et gravés là.

Des noms que tout, souvent, séparait, la culture, la position sociale, l’origine géographique, le domicile, la formation, le métier, la religion, la philosophie, sans doute les opinions politiques, et parfois même la nationalité.

Les hommes et les femmes dont le nom est gravé ici ont, j’imagine, pour la plupart, fini tranquillement leur vie à Nice ou dans les vallées, entourés de leur famille et de leurs amis.

Les oliviers, les cyprès, les palmiers de notre rivage, de nos collines, les chênes, les mélèzes de nos montagnes parfois ombragent leurs tombes. Les orangers les parfument, les fleurs les colorent.

Les hommes et les femmes dont le nom est gravé ici, ils ne sont pas morts dans l’horreur d’une petite prairie de bouleaux, qui est, je crois, la traduction française du nom de Birkenau.

Ils ne savaient pas ce qui se faisait à la lisière de ce petit bois de bouleaux. Certains le devinaient peut-être, et encore, pas comme ça, la plupart ne pouvaient même pas l’imaginer.

Les hommes et les femmes dont le nom est gravé ici, ils vivaient là, à Nice ou dans leur village, entre leur atelier, leur boutique, leurs champs, et leur maison ou leur appartement.

Les hommes et les femmes dont le nom est gravé ici, ils se plaignaient de la dureté des temps, ils regrettaient de ne plus avoir de tabac, de café ou de chocolat, parfois ils avaient faim.

Les hommes et les femmes dont le nom est gravé ici, ils avaient toujours un peu peur, ils trouvaient que les Allemands étaient inquiétants, dangereux, arrogants, ils craignaient les bombardements, les coups de main de la Résistance, les coups de folie de la Milice.

Et puis un jour, au détour d’une rue, dans un café, sur un chemin, ils ont croisé une famille, un couple, souvent avec des enfants.

Ou bien, ils ont entendu sonner à leur porte, et sur leur seuil ils ont reconnu des amis, parfois perdus de vue depuis longtemps, parfois quittés la veille à peine.

Ou encore, ils ont vu venir vers eux un parent, une connaissance, un collègue, un prêtre, un instituteur, accompagné d’enfants qu’ils ne connaissaient pas.

Et ce qu’ils ont vu dans les yeux de cette famille, de ces amis, de ces enfants, c’était l’expression de la plus profonde détresse, et de la plus profonde humanité.

Ils ont demandé le pourquoi de cette détresse. Ils ont entendu l’angoisse, la peur, la terreur. Alors, souvent, ils n’ont pas réfléchi. Et dans ces temps si durs, si incertains, si cruels, ils ont tu leur propre angoisse, leur propre peur, leur propre terreur. Et ils ont dit à cette famille, à ces amis, à ces enfants : « Venez et restez ».

Ils les ont accueillis.

Ils les ont cachés, parce qu’ils ne supportaient pas cette détresse, qu’ils voulaient par-dessus tout, avec leurs moyens, comme ils pouvaient, la voir disparaître de ces yeux, et puis de ces cœurs.

Bien sûr, parmi les hommes et les femmes dont le nom est gravé ici, il y avait des militants, il y avait des résistants, il y avait des gens informés, il y avait des gens politisés.

Il y a notre évêque de l’époque, Monseigneur Paul Rémond, et plusieurs prêtres, pasteurs, religieux et religieuses chrétiens.

Mais la plupart de ces hommes et de ces femmes n’étaient pas militants, ni résistants, ni forcément informés ou politisés, et encore moins évêque ou religieux.

Ils avaient vu, peut-être, une boutique soudainement fermée ici, un bureau soudainement vide là, un commerce saccagé ici, une arrestation là.

Ils avaient peut-être constaté, soudain, l’absence d’un collègue, la disparition d’un voisin.

Certains s’en étaient émus, avaient même écrit aux autorités, au maire, à l’évêque : « Ils sont juifs, certes. Mais pourquoi les arrête-t-on ? Et les hommes, les femmes, les vieillards, les enfants ? »

Et certains avaient peut-être même, d’abord, fait mine de ne pas se mêler des affaires des autres.

Et puis ils se sont trouvés dans cette rue, dans ce café, sur ce chemin ou sur ce seuil. Leur cœur a parlé plus haut que leurs convictions, que leurs craintes, que leur raison.

Et ils n’ont pas sauvé l’honneur.

Ils ont sauvé des hommes, des femmes, des enfants et des vieillards.

Ils ont sauvé plus que l’honneur.

Ils ont sauvé l’humanité.

Bien des philosophes, bien des prophètes, bien des écrivains ont dit cela mieux que je ne saurais le faire.

Permettez-moi, ce matin, de le dire avec mes mots.

De dire d’abord les mots de la mémoire.

Les noms des hommes et des femmes qui sont gravés ici sont restés, d’abord, dans la mémoire de ceux qu’ils ont sauvé.

Puis ils ont été honorés par l’Etat d’Israël.

Mais nous, à Nice et dans les vallées du comté de Nice, où ils vécurent, pouvions-nous les méconnaître, les ignorer ou, si nous les connaissions, les oublier ?

Nous aurions pu.

Cela fut fait, d’ailleurs, longtemps, trop longtemps. Et ceux qui l’ont fait ont nié une part de nous-mêmes, celle où l’héroïsme, la politique, la guerre, la violence, la haine, n’ont pas de place. Celle où il n’y a de place que pour le cœur et l’esprit d’une humanité partagée.

Nous aurions pu faire de même.

Nous ne l’avons pas voulu.

Aujourd’hui, et avec le vote unanime du conseil municipal, nous retrouvons cette part.

Avec cette simple pierre, nous offrons publiquement cette part d’humanité à tous ceux qui veulent bien reconnaître qu’il n’est de plus grandes valeurs que la fraternité et la paix.

Nous le disons tous, unis, tous les cultes, tous les partis, tous les Niçois, et nous le disons à tous, aux croyants et aux incroyants, à la droite comme à la gauche, à tous les Niçois et à tous les visiteurs qui découvrent ce haut lieu de notre histoire.

Nous le disons ici, sur cette colline berceau de Nice, où les Juifs furent accueillis comme nos frères aînés, sans interruption, depuis huit cents ans.

Nous le disons ici, face à ce cimetière juif qui est une part de notre histoire, de notre culture et de notre gloire.

Oui, il n’est pas de lieux plus propices à faire vivre les mots de la mémoire.

Il n’est pas de lieu plus propice, non plus, que cette colline où tant de batailles furent livrées pour la liberté de Nice, pour faire vivre les mots de la résistance.

Car il ne s’agit pas seulement d’associer, dans la mémoire, ceux qui furent persécutés et ceux qui les sauvèrent. Il s’agit de résister, aujourd’hui et demain, pour que pareille insondable horreur ne resurgisse pas des tréfonds reptiliens de cerveaux malades.

Ici et là, parfois sous un masque grimaçant qui se veut comique, on voit renaître les mots qui peuvent, comme toujours, rouvrir le chemin que l’on croyait définitivement condamné.

Ce monument proclame une chose, c’est que la dignité humaine des juifs de France et des juifs d’Israël n’est pas liée à une foi religieuse ou à une appartenance nationale. Elle relève de notre appartenance commune au genre humain. Et en conséquence, comme le firent ces 125 hommes et femmes, qui n’étaient pas juifs, ni citoyens d’un Israël encore inexistant, que c’est à nous tous, Français ou non, croyants ou non, qu’il appartient de défendre cette dignité.

La défendre, oui.

Résister, oui.

C’est l’esprit qui m’a animé quand j’ai instauré les voyages de la Mémoire.

C’est l’esprit qui m’a animé quand j’ai voulu réunir, au sein d’Alpes-Maritimes Fraternité, tous les hommes et les femmes de toutes croyances, chrétiens, juifs, musulmans, qui partageaient cette conviction.

Et c’est l’esprit qui m’anime aujourd’hui, devant vous, et qui s’apaise devant la simplicité de ce monument comme du destin des femmes et des hommes dont les noms sont gravés sur sa pierre.

Voilà les mots que je retourne depuis longtemps dans ma tête. Je les voudrais à la hauteur de la douleur, du courage, de la mémoire. Et je vous les ai livrés comme ils se sont arrêtés, sous ma plume, hier à peine.

Et si l’honneur consistait simplement à être à la hauteur de notre humanité ?

C’est cela, oui, je crois, l’honneur : à l’exemple des Justes de Nice, des Alpes-Maritimes et d’ailleurs, travaillons tous, toujours, ici, partout, à être à la hauteur de notre humanité.

 

Invitation à l'inauguration :